Méthode de la dissertation

Objectifs

Quels sont les objectifs d’une dissertation ? Un sujet de dissertation se présente sous la forme d’une question. Par conséquent, le but de la dissertation est de chercher une réponse à la question posée. Mais cette question est une question philosophique, une question qui renvoie à des problèmes philosophiques. Par conséquent, l’objectif est également d’affronter les problèmes que la question pose.

Pour mieux comprendre ce que l’on attend de vous, partons de ce que doit être le produit final (« comment votre copie doit-elle se présenter ? »), puis de ce qui se passe lors de la correction de votre copie (« comment un devoir de philosophie est-il évalué ? »). Nous remonterons alors dans le temps pour comprendre comment organiser votre travail au brouillon et lors de la rédaction (« comment procéder pour faire sa copie ? »).

Plan :

  1. Votre copie
  2. L’évaluation de votre copie
  3. Le brouillon et la rédaction

I – Votre copie

La structure générale de votre copie doit être la suivante :

  • Introduction
  • Développement en deux ou trois parties
  • Conclusion

Précisons ainsi ce qu’il doit y avoir dans l’introduction, le développement et la conclusion.

A / L’introduction

Une introduction doit se faire essentiellement en deux temps :

  1. Il faut d’abord montrer que la question pose problème (cf. point méthode sur la problématisation), à partir de l’analyse du sujet.
  2. Vous expliquez ensuite comment vous allez chercher à répondre à la question et aux problèmes qu’elle pose, ce qui revient à faire l’annonce de votre plan.

B / Le développement

Nous allons d’abord examiner ce qu’il doit y avoir dans chaque partie, puis nous verrons comment organiser vos parties, c’est-à-dire comment faire un plan.

1°) Le contenu de chaque partie

Objectif

Dans l’introduction, vous avez montré que la question pose problème. Le but du développement est de trouver une solution aux problèmes soulevés. Par conséquent, dans chaque partie il faut examiner une réponse à la question posée.

Cela signifie notamment que l’on ne fait pas une partie simplement d’analyse des notions. Dans chaque partie, il faut chercher à répondre à la question.

Structure de chaque partie

Chaque partie devra avoir la structure suivante :

  1. Idée directrice
  2. Argumentation
  3. Bilan
  4. Transition (cf. point méthode sur les transitions)

L’annonce de votre idée directrice, le bilan et la transition consistent à chaque fois en quelques phrases seulement. C’est l’argumentation qui est centrale dans chaque partie.

Qu’est-ce qu’une bonne argumentation ?

Dans une argumentation, il doit y avoir :

  1. Une progression logique
  2. Une analyse des idées (des définitions, des distinctions conceptuelles) [cf. point méthode sur les distinctions conceptuelles ; cf. corrigé de l’exercice : « Pourquoi n’y a-t-il pas de manuel de bonheur selon Kant ? »]
  3. Des exemples (cf. dans le cours notre analyse précise d’un exemple de publicité)
  4. Des références philosophiques (on peut utiliser les idées, les arguments, les exemples d’un auteur philosophique, on peut partir d’une citation, …)
  5. Des connaissances (en art, en science, en histoire …)

2°) L’organisation de vos parties, le plan

Pas de plan type

Il n’y a pas de plan type. On ne peut pas appliquer un même type de plan pour tous les sujets.

Notamment, l’idée qu’on devrait faire un plan du type « thèse – antithèse – synthèse » est absurde. Pourquoi ? Tout d’abord, dire « oui » en première partie et « non » en deuxième partie, c’est tout simplement se contredire ! De plus, affirmer qu’on va ensuite faire la synthèse du oui et du non, cela ne veut rien dire !

Pourtant on nous demande de répondre à la question posée. Par conséquent, il est vrai que notre réponse sera toujours du type « oui », ou du type « non ». Mais ce n’est pas le simple « oui », ou le simple « non » qui est important. Ce qui est important, c’est pourquoi et dans quel cas précisément on répond oui, et pourquoi et dans quel cas précisément on répond non.

D’autre part, ce que vous demande, c’est qu’il y ait dans votre devoir un cheminement logique. On veut vous voir en train de réfléchir, de vous questionner et de chercher une réponse. Votre devoir devrait ainsi avoir la structure suivante :

Dans une première partie, vous proposez une réponse, mais ensuite vous vous rendez compte que cette réponse présente des difficultés. Vous passez donc à une deuxième partie pour chercher une meilleure réponse, une réponse qui puisse dépasser le problème qui a été dégagé. Mais cette réponse, vous pouvez encore montrer qu’elle n’est pas encore parfaitement satisfaisante. Vous pouvez ainsi faire une troisième partie (c’est recommandé), dans laquelle vous formulez enfin la solution qui semble la plus solide.

Pas de plan type, mais une méthode

Vous remarquez ainsi qu’il n’y a pas de plan type, mais qu’il y a une méthode que l’on pourrait formuler ainsi :

  1. Partir du plus simple : dans votre première partie, vous examinez la réponse qui semble la plus évidente, celle qui viendrait à première vue immédiatement à l’esprit de chacun.
  2. Dégager à chaque fois en transition une difficulté : pour passer de la première à la deuxième (et de la deuxième à la troisième partie) vous dégagez un problème qui montre que votre réponse n’est pas suffisante. Vous expliquez alors que vous devez envisager une autre réponse pour pouvoir résoudre ce problème.
  3. Finir par la meilleure solution : votre dernière partie doit contenir la solution que vous proposez à la question posée, et cette solution doit être celle qui semble la meilleure après la réflexion que vous venez de mener. La « meilleure solution » ne signifie pas simplement « celle que vous préférez », mais « celle qui est justifiée par les arguments les plus solides ».

C / La conclusion

La conclusion se fait en deux temps :

  1. Faire un bilan récapitulatif : vous expliquez comment vous êtes parvenus finalement à votre réponse finale (après examen d’autres solutions). Vous retracez le mouvement que vous avez suivi de la première jusqu’à la dernière partie.
  2. Faire ressortir l’intérêt de votre solution : vous expliquez, de manière nuancée, en quoi votre solution permet de répondre de manière pertinente aux problèmes posés par la question.

Ce n’est pas la peine de faire une « ouverture » à proprement parler, mais vous pouvez indiquer un point sur lequel votre analyse mériterait d’être approfondie. Attention cependant, l’ouverture doit être une simple nuance que vous faites à propos de votre réponse finale : il ne faut pas poser une question qui remette totalement en question votre réponse finale, et il ne faut pas ouvrir sur une tout autre question.

II – L’évaluation de votre copie

A / Qualités formelles et qualités de contenu

L’évaluation de votre copie se fait sur deux types de qualités qui sont attendues dans votre devoir :

1°) Les qualités formelles

L’expression des idées est-elle toujours claire ? Est-ce que le devoir est fait dans les formes ? C’est-à-dire :

  • Y a-t-il une introduction, un développement conséquent en deux ou trois parties, une conclusion ?
  • Dans l’introduction, un problème est-il dégagé ? Est-ce qu’il y a l’annonce du plan ?
  • Est-ce que chaque partie est organisée comme une tentative de réponse à la question posée ? Y a-t-il une idée directrice, une argumentation, un bilan, une transition dans chaque partie ? Y a-t-il une progression logique dans le plan ?
  • La conclusion retrace-t-elle le mouvement parcouru dans le devoir et formule-t-elle bien l’intérêt de la solution proposée ?

2°) Les qualités de contenu

Le contenu est-il pertinent ? C’est-à-dire :

  • Les idées sont-elles justifiées par des arguments convaincants et à partir d’une analyse précise des idées ?
  • Y a-t-il des définitions et des distinctions conceptuelles ?
  • Y a-t-il des exemples pour ancrer le devoir dans le réel, dans le concret
  • Y a-t-il un usage pertinent de références philosophiques et d’autres connaissances ?
  • La question posée est-elle envisagée dans ses enjeux importants ? Les problèmes essentiels sont-ils dégagés ?
  • Y a-t-il une véritable tentative de réponse à ces problèmes ? Y a-t-il plusieurs solutions qui sont envisagées, puis critiquées, avant d’arriver à la proposition finale ?

B / Deux précisions

1°) Les fautes d’orthographe et de syntaxe

Il n’y a pas à proprement parler de points négatifs pour les fautes d’orthographe ou de syntaxe (rappel : une faute d’orthographe est une faute dans un mot ; une faute de syntaxe est une faute dans la structure de la phrase). Mais, vos éventuelles fautes nuisent considérablement à la lecture et du coup à la compréhension de vos copies par le correcteur, ce qui joue de toute façon sur la note finale. Vous devez de toute façon apprendre à écrire correctement. Cela est essentiel, même dans votre vie future : vous ne serez pas pris au sérieux si vous vous adressez à quelqu’un en faisant des fautes d’orthographe ou de syntaxe. Notamment, il y a des fautes qui sont absolument intolérables en Terminale, et cela fait aussi partie de mon rôle de vous apprendre à faire le moins de fautes possibles.

2°) Le correcteur ne note pas en fonction de ses propres idées

Votre correcteur ne note pas en fonction de la correspondance entre vos idées et les siennes. Pour les qualités formelles, c’est évident, puisqu’elles sont indépendantes de tout contenu particulier (il s’agit simplement ici de faire une introduction, un développement et une conclusion en suivant la méthode). Pour ce qui est du contenu, on peut apprécier la qualité d’une argumentation, même si on n’est pas d’accord avec l’idée défendue. De plus, un correcteur de philosophie peut très bien trouver que dans l’absolu votre argument ne tient pas, mais que vous avez fait un travail correct à votre niveau (nous savons, tout comme vous, que vous débutez en philosophie !). Bien plus, faire de la philosophie suppose d’être capable de se décentrer de son propre point de vue, et d’envisager d’autres possibilités, d’autres positions. Un correcteur de philosophie ne va pas se crisper de manière dogmatique sur son point de vue. Enfin, lors de la correction des copies du baccalauréat, nous avons des réunions que l’on appelle réunion d’harmonisation et réunion d’entente : les correcteurs de philosophie se réunissent pour discuter des critères d’évaluation, pour discuter des copies difficiles, et pour harmoniser leurs notes. L’idée qu’en philosophie la note est complètement aléatoire est fausse.

III – Le brouillon et la rédaction

Nous avons vu à quoi devait ressembler votre copie, le produit final, et comment le correcteur évaluait votre copie. Mais comment procéder pour élaborer cette copie ? Il faut maintenant en venir à la cuisine interne, au travail sur le brouillon et à la rédaction.

A / Le brouillon

Le travail sur le brouillon devrait être organisé ainsi :

  1. Analyser le sujet : repérez d’abord les notions du programme (c’est ce qui va vous faire penser à ce qui dans le cours pourrait être pertinent pour le sujet), mais intéressez-vous surtout aux autres termes. En effet, ce sont ces termes qui sont importants, et qu’il faut absolument analyser pour comprendre la question que l’on vous pose. Si vous avez par exemple le sujet « La conscience est-elle un obstacle au bonheur ? », demandez-vous : « quelle est la question que l’on me pose à propos du bonheur et de la conscience ? ». Vous voyez bien ici que c’est le terme d’obstacle qui est déterminant. Pensez donc à analyser ces termes qui ne sont pas des notions du programme. C’est ce qui vous permettra d’éviter le hors sujet. Pour faire cette analyse, cf. le point méthode sur l’analyse.
  2. Examiner les réponses possibles au sujet : voyez comment on peut répondre au sujet, quels arguments on peut proposer pour défendre ou critiquer ces réponses. Repérez quels élements du cours, quelles références philosophiques vous pouvez mobiliser.
  3. Dégager la problématique : déterminez le problème central pour ce sujet, c’est-à-dire le paradoxe qui semble le plus important (cf. point méthode sur la problématisation).
  4. Construire le plan : pour faire votre plan, n’essayez pas de replacer vos idées dans des cases. Partez plutôt de l’idée qui semble la plus simple. À partir de là élaborez la structure de votre première partie, et voyez quelles difficultés se présentent. Comment pourrait-on alors dépasser cette difficulté ? Passez alors à votre deuxième partie, et essayez de faire une troisième partie.

B / La rédaction

Je n’ai qu’un conseil à vous donner : donnez-vous du temps pour la rédaction. Ne passez pas trop de temps sur le brouillon. Ne cherchez pas notamment à tout écrire sur votre brouillon. Rédigez seulement l’introduction auparavant sur le brouillon.

Cela vous fait peut-être peur de vous lancer sans un brouillon où presque tout est déjà écrit, mais c’est pourtant ce qu’il faut faire. Le correcteur veut vous voir en train de penser, en train de vous questionner, en train de chercher une réponse. Votre écriture doit donc transcrire la réflexion que vous êtes en train de faire sur le moment.

Soignez votre écriture et écrivez avec un style le plus clair possible. Il ne s’agit pas de faire de belles phrases, mais de construire une argumentation la plus convaincante possible.

Lorsque vous écrivez, ne vous dites pas que vous vous adressez à un professeur de philosophie qui connaît déjà ce que vous essayez d’expliquer. Dites-vous que vous êtes en train d’écrire à quelqu’un qui n’a jamais fait de philosophie : vous devez tout expliquer, de manière progressive et de manière très claire.

Bon courage !!! S’il reste des points obscurs, postez ci-dessous votre question ou votre remarque.

Méthode de l’explication de texte (TL et TS)

Je mets progressivement en ligne ici la méthodologie que nous avons déjà vue en cours. Je vous recommande également de consulter l’exemple d’analyse que nous avions déjà faite à l’oral sur un texte de Sartre, ce qui vous permettra de comprendre plus clairement comment on rédige à l’écrit.

Au baccalauréat, je vous rappelle que vous avez le choix entre deux sujets de dissertation et un sujet d’explication de texte. Nous avons déjà vu la méthodologie de la dissertation, cherchons à comprendre maintenant les spécificités de l’explication de texte en philosophie.

« La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise »

Le texte qui vous est proposé à l’explication est toujours un texte d’environ une vingtaine de lignes, qui est extrait de l’œuvre d’un des auteurs au programme. Il y a en effet dans le programme de philosophie une liste d’auteurs, dont il faut bien comprendre la signification : il n’est pas demandé aux professeurs de philosophie de faire un cours d’histoire de la philosophie. Le programme est avant tout composé de notions, qui renvoient à des problèmes philosophiques, et ce sont ces problèmes qui organisent notre réflexion tout au long de l’année. Nous voyons certes dans le cours la pensée de certains auteurs sur tel ou tel point précis, mais ces auteurs servent simplement de référence philosophique pour approfondir notre propre réflexion. Par conséquent, on ne peut exiger de vous une connaissance de l’auteur, lorsque vous faites votre explication de texte. Il y a d’ailleurs une consigne officielle qui rappelle ce point : après le texte à expliquer, il est précisé que « la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise ».

Mais il ne faut pas se méprendre. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas faire référence à vos éventuelles connaissances sur l’auteur (ou sur d’autres auteurs). Comme nous le verrons plus loin dans cette méthodologie, ce type de connaissance peut être utile. De plus, il ne faut pas croire que l’explication de texte ne suppose aucune connaissance. Les élèves ont généralement tendance à choisir l’explication de texte par défaut pour ce motif, qui n’est pas une bonne raison. La dissertation fait en effet souvent peur : comment faire 6 pages à partir d’une question de 6 mots ? L’explication de texte paraît alors rassurante : il y a déjà un support, un document dont on croit toujours pouvoir tirer quelque chose. Ce n’est pas une bonne stratégie !! L’explication de texte est un exercice exigeant, tout aussi dur (voire plus dur) que la dissertation.

« Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. »

Que faut-il faire alors dans l’explication de texte ? Expliquer le texte certes, mais il ne s’agit pas de n’importe quel type de texte. Les concepteurs du sujet doivent choisir un texte qui se rapporte à une ou deux des notions du programme de philosophie. Or ces notions renvoient à des problèmes philosophiques. Derrière un texte de philosophie, il y a en effet toujours un problème que l’auteur cherche à résoudre. La consigne officielle rappelle ce point : « Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question ».

Qu’est-ce que rendre compte du problème dont il est question dans un texte ? C’est comprendre la démarche de l’auteur dans ce texte : il y a un problème philosophique qui est posé (et qu’il faut donc dégager), et l’auteur propose une réponse à ce problème : il construit une argumentation, qui elle-même est construite à partir de concepts et de distinctions conceptuelles.

Un texte philosophique doit ainsi se comprendre essentiellement selon trois dimensions : les dimensions du problème, de l’argumentation, et des concepts. Rappelez-vous d’ailleurs ce vous deviez faire en dissertation : vous deviez dégager un problème (en introduction), et chercher à y répondre par une argumentation, en construisant votre argumentation à partir d’une analyse conceptuelle. Finalement, la dissertation consistait à construire par soi-même une démarche philosophique, alors que l’explication de texte vise à reconstruire et comprendre la démarche philosophique d’un auteur. Ce type de travail suppose une méthodologie spécifique que nous allons à présent préciser.

I – La copie finale

Voyons tout d’abord ce à quoi vous devez parvenir. Votre copie finale doit avoir la structure suivante : introduction / explication détaillée du texte qui suit le plan du texte / [discussion du texte] / conclusion. Examinons chacun de ces points.

A/ L’introduction

Le but de l’introduction est de donner une première image globale du texte et de son contenu. L’introduction suivra ainsi la structure suivante :

  1. Thème du texte
  2. Question directrice
  3. Thèse de l’auteur
  4. Enjeu de la question
  5. Plan du texte

Il faut d’abord repérer le thème du texte, c’est-à-dire la ou les deux notions sur lesquelles le texte porte (p.ex. : la liberté, ou bien la morale et la politique). Le thème du texte renvoie à un problème philosophique qui se formule d’abord sous la forme d’une question directrice à laquelle l’auteur essaie de répondre dans ce texte. Il faut dégager cette question, qui doit nécessairement porter sur la ou les deux notions qui constituent le thème du texte (p.ex. : « la liberté est-elle une illusion ? » ou bien « la politique doit-elle suivre les règles de la morale ? »). Nous venons de dire que l’auteur dans le texte cherche à résoudre un problème, il faut donc énoncer la thèse de l’auteur, et vérifier qu’elle constitue bien une réponse à la question directrice (p.ex. : « l’auteur défend l’idée que le sentiment que nous avons de notre liberté repose sur une croyance fausse qui provient de l’ignorance des mécanismes qui nous déterminent à agir », ou bien « selon l’auteur, l’homme politique doit avant tout chercher l’efficacité de son action, et le maintien de son propre pouvoir, ce qui suppose de transgresser les règles ordinaires de la morale lorsque cela est nécessaire »). Comme vous pouvez le constater, l’énoncé de la thèse doit être précis (il ne suffit pas de dire « selon l’auteur la liberté est une illusion »), et il faut noter que la thèse ne correspond pas à un passage du texte : c’est à vous de formuler la thèse.

Vous devez ensuite dégager l’enjeu. Pourquoi l’auteur s’évertue-t-il à répondre à cette question ? Pourquoi faut-il chercher à résoudre ce problème ? Quel est l’intérêt philosophique de cette question ? Qu’est-ce qui est en jeu dans cette question ? Une manière de dégager l’enjeu est de déterminer les implications des différentes réponses possibles que l’on peut donner à la question, et de voir ce qui change. Par exemple, si la liberté est une illusion, cela signifie que nous devons abandonner une croyance qui nous semble pourtant essentielle, mais n’avons-nous pas tous le sentiment d’être libre ? Comment est-il possible que nous soyons ici tous dans l’erreur ? Pourquoi avons-nous tendance à croire que nous sommes libres ?

Une fois que vous avez énoncé la réponse de l’auteur à la question directrice, ainsi que l’enjeu de cette question, vous devez expliquer comment l’auteur organise sa réponse, comment il construit son argumentation, ce qui correspond au plan du texte. Il s’agit ici de déterminer le cheminement de la pensée de l’auteur. Attention, n’en restez pas à des remarques formelles (« il énonce sa thèse, puis il y a un argument, et enfin un exemple »), mais précisez le contenu en montrant bien comment on passe d’une idée à une autre, en suivant bien la dynamique interne du texte.

Remarquez ici comme tout s’enchaîne logiquement dans l’introduction : on a d’abord le thème, puis la question directrice, qui porte sur le thème, puis la thèse, qui est une réponse à la question directrice, puis l’enjeu, qui explique pourquoi l’auteur s’efforce de défendre une thèse en réponse à la question directrice, puis le plan qui explique comment l’auteur organise la défense de sa thèse.

Vous avez présenté de manière globale le texte, passons à l’explication détaillée du texte.

B/ L’explication détaillée du texte

1°) Principes de base

Il y a deux risques principaux qu’il faut éviter dans l’explication de texte, qui constituent deux rochers entre lesquels il faut naviguer. Il y a tout d’abord le rocher de la paraphrase, qui est certainement le danger le plus important, celui vers lequel les élèves ont le plus tendance malheureusement à se diriger. Faire de la paraphrase, c’est simplement répéter le texte avec d’autres mots, et dans ce cas, on n’explique pas du tout le texte, on n’apporte rien du tout à la compréhension du texte. Le but est au contraire d’essayer de dégager le sens du texte, mais si l’on cherche à éviter la paraphrase, si l’on s’éloigne du rocher de la paraphrase, on risque aussi d’aller trop loin de l’autre côté, et de tomber dans le contresens, dans le hors sujet. Comment faire alors pour éviter la paraphrase et le contresens ou le hors sujet ?

a – pour éviter la paraphrase

Pour éviter la paraphrase, il faut analyser le texte, en dégager du sens. Il faut donc procéder de la manière suivante :

  • Il faut reconstruire, et expliciter l’argumentation de l’auteur : il faut dégager les idées principales, les liens logiques entre idées, les étapes du raisonnement, les chaînons manquants (parfois l’auteur ne précise pas comment on passe d’une idée à une autre, c’est alors à vous de clarifier ce point
  • Il faut définir, analyser le sens des notions et des distinctions utilisées par l’auteur
  • Il faut donner des exemples pour illustrer les idées de l’auteur
  • On peut utiliser des références philosophiques pour mettre en perspective une idée de l’auteur

Regardez par exemple le travail que nous avons fait en cours sur le texte de Schopenhauer :

  • Nous avons dégagé, grâce à un schéma, la structure logique du texte, et nous avons expliqué comment l’auteur passe de l’idée que le désir est un manque à l’idée que le désir est souffrance
  • Nous avons analysé l’idée que le désir est un manque en distinguant le cas des besoins et le cas des envies
  • Nous avions illustré l’idée que le désir est un manque avec l’exemple du désir amoureux, en utilisant également une référence philosophique : celle du mythe d’Aristophane
b – pour éviter le contresens ou le hors sujet

Lorsqu’on commence à dégager le sens du texte, le risque est de s’éloigner du texte, et de tomber dans le contresens ou le hors sujet. Pour éviter cela, il faut rester focalisé sur le texte, en procédant de la manière suivante :

  • Du point de vue de l’argumentation, il faut bien montrer comment l’argumentation de l’auteur se construit, progressivement, dans le texte lui-même. Les étapes du raisonnement doivent être dégagées à partir du texte lui-même.
  • Du point de vue de l’analyse des notions et des distinctions, il ne faut pas chercher à plaquer ses connaissances. Il faut être attentif à la singularité, à la spécificité du texte. Ce n’est pas parce que nous avons défini de telle ou telle manière une notion dans le cours, que l’auteur adopte lui aussi la même définition. Il faut déterminer le sens des notions et des distinctions utilisées par l’auteur à partir du texte lui-même. Cela ne signifie pas que les connaissances que vous avez sont inutiles ; au contraire, c’est par comparaison entre vos connaissances et ce que dit le texte que vous pourrez dégager le sens précis des idées du texte.
  • Du point de vue des exemples et des références philosophiques que vous utilisez, le seul critère est de savoir si votre exemple ou votre référence apporte quelque chose à la compréhension du texte : est-ce que votre exemple ou votre référence permet de mieux comprendre le texte ?

2°) L’organisation générale de l’explication

L’explication doit suivre de manière linéaire le texte (on ne fait pas un plan thématique), et il faut dégager dans le texte plusieurs parties. Il n’y a pas comme dans la dissertation, un nombre défini de parties à faire : selon les textes, ce sera 2 à 4 parties (au-delà, c’est trop pour un texte de seulement une vingtaine de lignes).

Le plan du texte doit correspondre à l’organisation logique du texte. Il faut donc être attentif aux liens logiques entre les idées. Aidez-vous des mots de liaison dans le texte, essayez bien de voir quand est-ce qu’on passe d’une idée à une autre. Notez que le plan du texte ne correspond pas nécessairement au nombre de paragraphes dans le texte. Les changements de ligne dans le texte sont certes une indication, mais l’important est de dégager la structure logique du texte.

Chaque partie correspond à une étape dans l’argumentation de l’auteur et il faut bien comprendre le lien entre chaque partie et la thèse. Le texte est organisée en fonction d’un but : défendre une thèse, il faut donc dégager le rôle logique de chaque partie, la contribution de chaque partie à l’établissement de cette thèse.

3°) Le contenu de chaque partie

Structure générale de chaque partie

La structure de chaque partie de votre explication ressemble à la structure d’une partie de dissertation : 1°) idée directrice (que fait l’auteur dans cette partie ? Quel est le rôle logique de cette partie dans l’argumentation générale de l’auteur ?), 2°) analyse du texte, 3°) bilan et transition (on rappelle ce qu’a fait l’auteur dans cette partie, et on explique ce qui fait passer de cette partie à la partie suivante).

L’analyse du texte

L’analyse du texte doit chercher à éviter la paraphrase et le contresens (cf. plus haut), et doit reposer sur une démarche de questionnement, qui procède essentiellement à partir de trois types de question :

  1. Qu’est-ce que cela veut dire ?
  2. Est-ce vrai ? (ou plutôt : dans quelle mesure est-ce vrai ?)
  3. Quel est l’enjeu ?

Le fil conducteur de votre analyse doit être cette démarche de questionnement. On ne procède pas ainsi : bloc de citation / explication / bloc de citation / explication / … . On ne fait que des citations courtes, précises et seulement lorsque c’est nécessaire.

Pour bien comprendre cette démarche de questionnement, nous avions fait à l’oral, en cours, l’analyse d’un passage d’un texte de Sartre où Sartre affirme que « l’homme se choisit ». Vous pouvez retrouver sur ce site le texte complet, ainsi que l’analyse de ce passage du texte.

C/ Discussion du texte

1°) Il faut viser à faire une discussion du texte

Après l’explication du texte, vous pouvez faire une discussion du texte. En effet, vous avez face à vous un texte philosophique : l’auteur cherche à répondre à un problème philosophique, mais sa réponse ne clôt pas le problème : on peut discuter la réponse que propose l’auteur.

Avant tout, il faut comprendre que la discussion du texte est facultative (vous pourriez simplement faire une explication de texte : si elle est bonne, on ne vous enlèvera pas des points si vous n’avez pas fait de partie de discussion), mais elle valorise beaucoup votre copie et il faut donc vous efforcer de faire une partie de discussion du texte. Attention toutefois : la discussion du texte ne peut remplacer l’explication du texte, qui, elle, est absolument nécessaire.

En définitive, si vous avez assez d’éléments de discussion du texte pour en faire une partie, n’hésitez pas, faites une partie de discussion. Si vous avez seulement quelques élément de discussion du texte, que vous ne parvenez pas à développer et qui ne peuvent constituer une partie entière, ne les laissez pas complètement de côté : dans ce cas, vous pouvez intégrer vos éléments de discussion du texte à l’explication de texte elle-même (vous expliquez le texte, puis vous faites votre remarque : vous montrez que vous avez compris ici qu’il y avait un point que l’on peut discuter. Ce serait évidemment mieux si vous développiez ce point, mais c’est déjà bien d’avoir fait cette remarque).

Nous n’avons pas encore expliqué ce que l’on peut faire dans la discussion du texte. Voyons avant tout ce qu’il ne faut pas faire

2°) Ce qu’il ne faut pas faire dans la discussion du texte

  • Il ne faut pas « descendre » le texte, et chercher à montrer que le texte est complètement faux, qu’il n’a pas d’intérêt, …. Si ce texte a été choisi comme sujet d’explication de texte, c’est qu’on estime que ce texte a un intérêt philosophique que vous devez être capable de reconnaître.
  • Il ne faut pas chercher à juger l’auteur et notamment à juger la clarté de son propos (ne dites surtout pas que « l’auteur n’est pas clair » ou que « l’auteur n’a pas compris que …, n’a pas vu que … »). Vous avez face à vous seulement un texte d’une vingtaine de lignes : vous ne pouvez pas juger un auteur sur ces quelques lignes.
  • Il ne faut pas donner son avis sur le texte, donner son opinion sur les idées de l’auteur. Le but n’est pas de savoir si vous êtes d’accord ou non avec l’auteur, mais d’évaluer le plus objectivement possible la pertinence et la vérité de ce qu’il affirme.

3°) Ce que vous pouvez faire dans la discussion du texte

  • Vous pouvez nuancer un point précis du texte. Nuancer le texte s’oppose à « descendre » le texte : on reconnaît l’intérêt philosophique du texte, sa part de vérité, mais on montre que sur tel point précis on ne peut accepter, telle quelle, l’idée de l’auteur pour telles et telles raisons (et il faut absolument préciser quelles sont ces raisons). [Par exemple, dans l’analyse du texte de Schopenhauer, nous avions nuancé l’idée que le désir nous conduit dans un cycle d’insatisfaction en montrant qu’une vie centrée sur des biens essentiels permet d’échapper à un tel cycle, qui semble surtout concerner les désirs de ce qui est superflu]
  • Vous pouvez confronter la pensée de l’auteur à une autre position philosophique, à la pensée d’un autre auteur. Il s’agit ici de montrer que d’autres réponses, au même problème, ont été envisagées, et il faut essayer de déterminer quelle est la réponse qui semble la plus pertinente (on procède toujours par questionnement : quelles objections peut-on faire à la pensée de l’auteur ? peut-on répondre à ces objections ?) [Vous avez justement pour votre première explication de texte à choisir entre deux textes qui énoncent des positions contraires (Thomas d’Aquin vs. D’Holbach) : il semble judicieux ici de confronter les deux perspectives]
  • Vous pouvez enfin prolonger la pensée de l’auteur. Il y a ici deux possibilités : soit on prolonge le texte sur un autre plan que l’auteur ne semble pas avoir envisagé dans le texte [on pourrait ainsi prolonger la pensée d’Épicure sur un autre plan : en se demandant si la règle individuelle de vie que propose Épicure a un sens si on se place au niveau politique (peut-on ériger cette règle individuelle en loi ?)]. Soit on prolonge le texte à partir d’une réflexion sur un enjeu contemporain [nous avions par exemple prolongé le texte de Schopenhauer sur un enjeu contemporain en montrant que l’idée d’un cycle d’insatisfaction permet de comprendre un phénomène contemporain : la société de consommation et la publicité].

D/ La conclusion

La conclusion suit la même méthode qu’en dissertation.

  1. Récapitulatif du cheminement du texte. Dans la dissertation vous devez récapituler ce que vous avez fait dans votre plan en montrant comment vous en êtes passé de votre première idée à votre réponse finale. De même, dans l’explication, il faut récapituler ce que l’auteur fait dans ce texte, en montrant comment le texte chemine d’une idée à une autre.
  2. Thèse de l’auteur, et intérêt philosophique du texte. En dissertation, vous devez expliciter clairement la réponse finale que vous donnez au sujet, et vous devez expliquer l’intérêt philosophique de cette réponse. De même, dans l’explication de texte, vous devez formuler clairement la thèse de l’auteur dans ce texte, et expliquer l’intérêt philosophique de ce texte.

Comment parvenir à faire un tel devoir ? C’est ce que nous allons voir à présent.

II – Le brouillon et la rédaction

A/ Première phase : lecture active

Dès la première lecture, il s’agit d’être actif, de ne pas lire passivement le texte. On lit le texte stylo à la main, et :

  1. On souligne les termes importants, les notions, les distinctions utilisées par l’auteur
  2. On marque dans la marge le passage d’une idée à une autre (afin de commencer à repérer l’organisation logique du texte).

B/ Deuxième phase : analyse globale du texte

On réserve ensuite une à deux feuilles de brouillon pour l’analyse globale du texte. Il s’agit ici de dégager les éléments suivants :

  1. Thème du texte : notez ici toutes les notions du texte, et entourez en une ou deux qui semblent être ce sur quoi porte le texte
  2. Question directrice du texte : n’oubliez pas que la question doit porter sur la ou les deux notions sur lesquelles le texte porte
  3. Thèse de l’auteur : n’oubliez pas de formuler la thèse de l’auteur par vous-même, de manière précise, et vérifiez qu’il s’agit bien d’une réponse à la question directrice
  4. Thèse(s) adverse(s) : afin de mieux comprendre la thèse de l’auteur, ce que propose l’auteur, il faut aussi comprendre ce à quoi il s’oppose ; dégagez donc ici clairement la ou les autres réponses possibles à la question directrice, et cherchez à comprendre en quoi l’auteur s’oppose à ces réponses-là.
  5. Enjeu de la question : cherchez à comprendre pourquoi il faut s’efforcer de répondre à la question directrice ? Quel est l’intérêt philosophique de cette question ? Qu’est-ce qui se joue derrière cette question ?
  6. Schéma logique du texte : essayez de dégager la structure logique du texte en intégrant toutes les idées du texte dans un même schéma (cf. les schémas que nous avons fait pour les textes de Schopenhauer et d’Épicure)
  7. Plan du texte : distinguez 2 à 4 parties dans le texte en précisant bien le cheminement qui fait passer d’une partie à une autre, le rôle logique logique de chaque partie (qu’est-ce que cette partie apporte ?) et la manière dont cette organisation logique permet de défendre la thèse de l’auteur.

C/ Troisième phase : analyse détaillée du texte

On réserve ici encore plusieurs feuilles de brouillon pour cette analyse en détail du texte. On procède de la manière la plus progressive possible : 1°) on isole un élément précis du texte, 2°) on analyse cet élément précis, 3°) on fait le lien avec le reste.

On cherche à dégager le plus de sens possible de chaque élément du texte. Pour cela on adopte une démarche de questionnement (cf. plus haut).

Remarque : Parfois certains textes difficiles supposent que l’on fasse d’abord l’analyse en détail, puis l’analyse globale. L’ordre n’est pas essentiel tant que vous avez fait, in fine, ces deux types d’analyse. Vous pouvez très bien commencer par dégager quelques éléments d’analyse globale, puis passer à l’analyse en détail, et revenir enfin à l’analyse globale pour la compléter ou la corriger sur certains points. C’est très souvent ainsi d’ailleurs que vous procéderez.

D/ Quatrième phase : rédaction

Une fois ce travail fini, on passe à la rédaction. On a sous les yeux à la fois son brouillon d’analyse globale et son brouillon d’analyse détaillée du texte, car il faudra dans sa rédaction à la fois faire l’analyse détaillée du texte, tout en étant attentif à la cohérence globale du texte.

L’introduction et la conclusion peuvent être rédigées au brouillon, mais vous ne devez pas tout écrire au préalable sur votre brouillon (rédigez avant au brouillon seulement lorsque vous n’arrivez pas à formuler une phrase).