Vos questions sur la méthode de la dissertation

Essayons de regrouper ci-dessous vos questions sur la méthode de la dissertation.

Je vous rappelle que l’exercice que vous avez à faire est de poser une question précise sur la dissertation, la méthode. Merci d’éviter de poser une question qui a déjà été posée.

56 réflexions au sujet de « Vos questions sur la méthode de la dissertation »

  1. [quote]”Notamment, l’idée qu’on devrait faire un plan du type « thèse – antithèse – synthèse » est absurde. Pourquoi ? Tout d’abord, dire « oui » en première partie et « non » en deuxième partie, c’est tout simplement se contredire ! De plus, affirmer qu’on va ensuite faire la synthèse du oui et du non, cela ne veut rien dire !”[/quote]

    Dans cette partie vous dites qu’on nne peut faire faire un plan de type “thèse- antithèse- synthèse” car il s’agirait de se contredire.
    Mais ne peut-on pas faire un plan tel que OUI – OUI mais – Donc ?
    Dans ce cas il ne s’agirait pas de se contredire mais de nuancer ces propos vous ne pensez pas?

    • L’essentiel est, comme vous l’avez bien noté, de ne pas se contredire, mais de suivre une progression logique.
      Je peux difficilement vous répondre à propos de la proposition de plan que vous faites : “Oui – Oui mais – Donc ?”. On ne peut en effet évaluer un plan que s’il est détaillé. C’est vrai qu’abstraitement, on arrivera toujours à dire que telle partie correspond en fait à répondre oui, patati ou non, patata … Mais ce n’est pas du tout ça qui est intéressant. Ce qui importe ce sont les raisons, les arguments et la perspective générale que vous envisagez dans chacune de vos parties.
      De plus, quel contenu donnez-vous à la troisième partie où vous mettez “Donc ?” ?

      • Dans la partie Donc je ferais éventuellement une synthèse très précise en prenant des arguments non utilisé dans les parties afin de bien faire comprendre ma pensée. Mais si vous dites que c’est mieux d’approfondir a chaque fois …

  2. @Alexandre : Je pense qu’en fait on ne peut pas opposer deux idées, mais on peut faire une concession, ce qui n’est pas la même chose :
    Exemple :
    CERTES, le bonheur est une affaire personnelle car les plaisirs de chacun sont différents. […].
    MAIS c’est aussi une affaire de l’Etat car pour accéder au besoin, l’Homme a besoin de moyens, et tout le monde n’a pas ces moyens. […].

    • Oui vous avez raison Aziz, on peut commencer à défendre une idée, puis limiter son champ d’application (en faisant ce qu’on pourrait effectivement appeler une concession). Mais on peut aussi suivre une progression qui parvient à dépasser complètement ce qu’on affirmait dans une première partie (sans faire de concessions donc). L’essentiel est de montrer pourquoi il y a progression d’une partie à une autre, et de ne pas affirmer à la fois une idée et son contraire.

    • le but est de montrer ou est le problème dans la question je crois. de montrer où on peut se questionner et soulever un problème

      • Oui, vous avez raison. Dans l’introduction, problématiser consiste, comme vous l’avez dit, à “montrer où on peut se questionner et soulever un problème”.
        Au cours du développement, il faut aussi problématiser, c’est-à-dire être conscient des problèmes qui se posent (et ne pas en rester à des affirmations simplistes). C’est notamment dans les transitions d’une partie à une autre qu’il est bien de problématiser : pour montrer qu’en fait un problème se pose, que la partie que l’on vient de faire reste insuffisante et qu’il faut donc aller plus loin dans son questionnement.

  3. @Julia : Toujours !
    Et je viens de voir que j’ai fais une faute… Je voulais dire “bonheur” et non pas “besoin” ! Rrrr.
    Ps : J’aime beaucoup l’indice sur la question anti-spam !

      • certes on peut dire que c’est un hors sujet mais il y a un coté philosophique a se demander si un jour les spam seront assez forts pour nous surpasser nous et nos anti spam

        • Oui, cela pose la question (comme l’avait noté mon collègue, M. Garandel, sur le forum) des capacités de ce que l’on appelle l’intelligence artificielle. Nous envisagerons d’ailleurs l’I.A. dans la séquence sur la philosophie de l’esprit.

  4. pourquoi faut -il se forcer à faire des affirmations faibles alors qu’on pourrait directement donner des arguments de poids?

    • Je pense que vous faites référence au passage (dans la méthode de dissertation que je propose), où je dis qu’il est préférable de commencer (dans la première partie) par la perspective la plus simple, la plus “évidente” a priori, et qu’il faut finir (en troisième partie) par la solution la plus complexe, et celle qui semble la plus solidement justifiée. [Si vous faites référence à un autre passage, dites-le moi.]
      L’idée était simplement qu’il faut suivre dans votre développement une progression et qu’il faut donc vous ménager un espace possible pour cette progression. Si vous commencez dès la première partie par une thèse déjà complexe, et déjà très solidement défendue par des arguments difficiles à critiquer… eh bien vous ne pourrez pas vraiment poursuivre votre devoir !
      J’espère avoir répondu à votre question, dites-moi si c’est assez clair, parce que je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi le problème que vous posiez.

    • Nous verrons en fait, dans le cours sur le vivant (chapitre XIII, en fin d’année), que derrière la boutade qui donne lieu au pseudonyme “lapoulephilosophe”, il y a en fait une question philosophique tout à fait sérieuse, à savoir celle de l’origine de la vie elle-même : comment la vie elle-même peut-elle apparaître si un vivant provient toujours d’un autre être vivant ? Qu’est-ce qui permet de passer de la simple matière à des organismes vivants complexes ?

      • ah le jeu de mots a été compris : D
        mais je ne pensais pas soulever une question philosophique avec ça

    • “Mort de dire” était un très beau lapsus ! Cf. Le cours sur l’inconscient (chapitre VI… à venir) ;>

  5. Doit-on, pour une question tel que” la conscience est-elle un obstacle au bonheur?” définir alors ces deux notions du programme dans l’introduction?

    • Dans l’introduction, il y a deux objectifs : dégager le problème et annoncer son plan. Effectivement, pour dégager le problème, il faut s’aider de l’analyse du sujet. Mais il faut bien comprendre qu’il ne s’agit que d’un début d’analyse et que cette analyse doit se faire de manière implicite. Il ne faudrait pas commencer l’introduction ainsi : “Le bonheur signifie ……. La conscience signifie …. Donc finalement le sujet veut dire …”. Ce serait très maladroit.
      On n’attend donc pas de définitions précises dès l’introduction, mais essentiellement un problème dégagé à l’aide d’un début d’analyse du sujet.
      C’est tout au long du développement qu’il va falloir analyser le sujet, et retravailler les définitions au fur et à mesure de votre devoir. En effet, il ne faut pas définir une fois pour toutes les termes, mais les analyser progressivement et approfondir son analyse.
      Enfin , un dernier commentaire : nous avons dit qu’un sujet faisait toujours référence à une ou deux notions du programme. Mais cela ne signifie pas qu’il faut définir, analyser seulement les notions du programme qui sont présentes dans le sujet. Au contraire, ce sont les autres termes du sujet qui précisent le sens de la question posée, et qui sont donc extrêmement importants. Il faut donc analyser tout le sujet et pas seulement les notions du programme que l’on parvient à repérer.

  6. Doit-on rappeler précisément la question qui nous est posée ? Si oui à quel moment de la dissertation ?

    • Normalement, si vous dégagez bien en introduction le problème qui est posé, il n’est pas nécessaire de rappeler la question est posée. Vous pouvez le faire, mais cela sera un peu redondant, et donc inutile. À vous de voir, donc, si votre problématique fait déjà apparaître clairement la question posée. Si ce n’est pas le cas, reformulez la question.
      Dans tous les cas, ne commencez pas par rappeler la question qui est posée. Cela peut paraître étrange, mais cela vient du fait qu’en philosophie vous ne devez pas simplement accepter la question et y répondre : vous devez au contraire d’abord voir pourquoi il y a dans cette question un problème, afin de montrer d’où vient cette question, et pourquoi elle se pose !

  7. Dans l’introduction, devons nous définir les termes de la question ? Ou devons-nous les définir dans une partie ?
    Par exemple, à la question : Le bonheur n’est-il qu’illusion ?
    Le bonheur et l’illusion doivent être définis à quel moment précisément ?

  8. Est-il permis d’utiliser une citation, hors-texte philosophique, d’un auteur des plus commun dans une dissertation?

    • Très bonne question. De manière générale, une citation n’a d’intérêt que si elle vous permet d’aller plus loin dans votre réflexion. Il ne s’agit pas simplement de citer un auteur pour manifester qu’on connaît cet auteur, ou simplement pour affirmer que cet auteur dit la même chose que ce que l’on vient de dire.

      Donc la règle est seulement de déterminer si votre citation est utile pour approfondir votre questionnement. Par conséquent, vous êtes tout à fait autorisé à utiliser tout type de citation, mais vérifiez bien si cette citation apporte vraiment quelque chose à votre devoir.

      Un conseil toutefois : si vous citez un auteur qui n’est pas un philosophe, dans un devoir de philosophie, faites encore plus attention : il y a plus de risque de faire une citation qui finalement n’a que peu d’intérêt.

  9. Je me demandais, dans l’introduction quelles sont les limites pour introduire le sujet? Comment savoir si on est allé trop loin dans le développement et l’introduction des termes clés du sujet ? Comment bien repartir les idées et les notions dans l’introduction et les parties du développement ?
    J’espère que vous comprendrez ma question.
    Cordialement.

    • Je crois comprendre votre question, et je pense que le meilleur moyen de vous répondre est de vous donner un exemple.

      Sujet : La réflexion est-elle un obstacle au bonheur ?

      Exemple d’introduction (un petit peu longue peut-être quand même, c’est toujours le défaut des corrigés de professeur !) :

      « Être heureux, c’est d’abord se sentir heureux. La notion de bonheur renvoie avant tout à un certain vécu de satisfaction. Plus précisément, le bonheur semble devoir se concevoir comme un état de plénitude, un état de satisfaction complète. Comment l’homme peut-il parvenir à un tel état de plénitude ? Un trait spécifique des êtres humains est la capacité qu’ils ont de penser et notamment de penser à propos d’eux-mêmes. La réflexion désigne justement cette capacité de penser à propos de soi-même, de procéder à un retour sur soi. L’homme peut alors, par la réflexion, prendre du recul par rapport à une situation, l’analyser, remettre en question ses croyances, prendre en compte toutes les informations pertinentes. La réflexion permettrait ainsi de guider la prise de décision, d’éviter les erreurs et de faire de meilleurs choix. Par conséquent, dans la mesure où le bonheur n’est pas seulement l’effet du hasard, mais aussi l’effet de nos choix, la réflexion serait nécessaire pour parvenir plus efficacement à la vie heureuse. Mais la réflexion n’est pas une simple capacité de penser à propos de soi-même, la réflexion engendre une prise de conscience. Penser à soi, c’est en effet prendre conscience de ce que nous sommes et de ce que nous ne sommes pas. L’homme qui réfléchit va se rendre compte de ce qu’il n’est pas, de ce qui lui manque, il va se rendre compte qu’il est un être soumis à l’emprise du temps et que tout ce à quoi il tient est également soumis à cette emprise. En exerçant sa réflexion, l’homme prendra conscience de la fragilité du bonheur, voire de son caractère illusoire. Devons-nous alors considérer qu’il faut s’abstenir de penser pour être heureux ? Le bonheur réside-t-il dans l’insouciance ? »

      • Il me reste à répondre à votre deuxième question (qui est liée à la première) : « Comment bien repartir les idées et les notions dans l’introduction et les parties du développement ? »

        Il faut simplement retenir que : dans l’introduction, on ne fait qu’un début d’analyse (le but essentiel est de dégager le problème), alors que dans le développement, on définit précisément et explicitement les notions que l’on utilise.

        Notamment, dans le développement, c’est bien de donner des exemples pour montrer que votre définition s’applique bien à la réalité, ce qu’il ne vaut mieux pas faire en introduction.

        D’autre part, dans votre développement, il faut construire progressivement, pas à pas, sa définition, en cherchant à être le plus complet possible, alors qu’on peut simplement se contenter de quelques traits caractéristiques dans l’introduction (les traits caractéristiques utiles pour dégager le problème).

        • Merci, cet exemple m’aide mieux à comprendre comment et où introduire les grandes notions du sujet. Il ne reste plus qu’à l’appliquer dans les sujets futurs.
          Bonne soirée!

  10. Comment annoncer, introduire sa première idée donc sa première partie de la dissertation ? De plus, je ne comprends pas la notion de “dépasser son idée” tout au long de la dissertation, de partie de partie. Quelles sont les “limites” d’une idée ?

    • Voici ma tentative de réponse à vos questions :

      1/ « je ne comprends pas la notion de « dépasser son idée » tout au long de la dissertation, de partie de partie. »
      Ce que je voulais souligner par là, c’est le fait qu’il doit y avoir une progression dans votre devoir. De partie en partie, vous devez progresser dans votre analyse, aller plus loin dans votre réflexion. Qu’est-ce que cela veut dire plus concrètement ? Il y a plusieurs possibilités pour “aller plus loin dans sa réflexion”. Voici quelques exemples de progrès d’une partie à une autre :
      – Partie 1 : défense d’une idée par un argument qui finalement reste faible. Partie 2 : défense de cette même idée par un argument plus fort.
      – Partie 1 : défense d’une idée. Partie 2 : défense de cette même idée, mais en voyant l’idée sur un autre plan (par exemple : passer du plan individuel au plan collectif, ou du plan légal au plan moral…)
      – Partie 1 : défense d’une idée par des arguments directement en faveur de cette idée. Partie 2 : défense de la même idée en répondant aux objections qu’on peut faire à cette idée.
      – Partie 1 : défense d’une idée. Partie 2 : objections qu’on peut faire tout de même à cette idée.
      – Partie 1 : Critique d’une idée. Partie 2 : Réponse aux objections qu’on peut faire à cette idée.
      Et il y a certainement d’autres manières de procéder. L’essentiel est de progresser dans votre cheminement. Ai-je répondu ici à votre question ?

      2/ « Quelles sont les « limites » d’une idée ? »
      Les limites d’une idée, ce sont les objections (les critiques) qu’on peut lui faire. Quelques exemples très rapides (qu’il faudrait donc développer), tous issus du cours sur le bonheur et le désir :
      – Une limite de l’idée que les désirs sont relatifs à l’individu : il faudrait ici distinguer plusieurs formes de désir ; les envies sont certes relatives aux individus, mais les besoins semblent au contraire être communs à tous les hommes.
      – Une limite de l’idée que le bonheur dépend du hasard : si nous nous focalisons sur nos réels besoins (cf. l’épicurisme), et si nous parvenons à accepter le réel tel qu’il est (cf. le stoïcisme), alors nous pouvons peut-être ne plus faire dépendre notre bonheur du hasard.
      – Une limite de l’idée que le plaisir est éphémère : on peut distinguer, avec Epicure, deux formes de plaisir : les plaisirs mobiles qui effectivement sont éphémères, et le plaisir statique, qui correspond au plaisir d’exister, et qui, lui, peut durer.
      – Une limite de l’idée que le désir est un état de manque : cette idée envisage le désir seulement du point de son objet, qui effectivement semble toujours être quelque chose que l’on n’a pas, mais si on envisage le désir en lui-même, on peut repenser le désir dans sa puissance, dans sa force.

      3/ J’en viens ici à ce qui était en fait votre première question : « Comment annoncer, introduire sa première idée donc sa première partie de la dissertation ? »
      Je ne suis pas sûr ici de bien comprendre votre question, je vais donc à mon tour vous poser deux questions :
      – Pourquoi faites-vous seulement référence à la première partie de la dissertation ? Votre question ne porte-t-elle pas de manière plus générale sur la manière d’annoncer une idée directrice (quelle que soit la partie concernée) ?
      – Je me demande d’autre part ici si vous parlez de l’annonce de la première partie, dans l’introduction elle-même, ou bien de l’annonce de l’idée de sa première partie, dans la première partie elle-même.
      Pourriez-vous donc préciser un tout petit peu votre question afin que je puisse vous répondre ?

      • Par “première partie”, je voulais dire l’annonce de la première idée de la dissertation. Il en est de même pour les autres idées, celles des parties 2 et 3 mais celles ci sont avancées avec les transitions des parties précédentes. Or, celle de la première partie n’est pas faite grâce à cette transition étant donné qu’il n’y a pas de partie précédente avec une transition.

        • Comme je vous l’avais dit en cours, il n’est pas absolument nécessaire de faire l’annonce de son idée directrice dans chaque partie. Cela vaut d’autant plus pour la première partie, puisque vous avez déjà annoncé dans l’introduction votre plan, et donc déjà annoncé l’idée directrice de votre première partie ; si vous commencez votre première partie à nouveau par l’annonce de votre idée directrice, vous risquez de tomber dans une simple répétition de ce que vous avez déjà dit.
          Attention toutefois, je viens de dire qu’il n’est pas nécessaire d’annoncer son idée directrice, mais il faut que dans chaque partie on voit clairement votre idée directrice : à la fois au cours de votre raisonnement, et en fin de partie, où vous devez faire la synthèse de votre raisonnement (montrez bien ici comment vous répondez à la question posée).

    • Merci pour cette question ! Je vois plusieurs sens possibles à votre interrogation :

      1/ Est-ce qu’on risque d’être mal noté si on donne son avis et si le prof a un autre point de vue sur le sujet ?

      Ici, pas d’inquiétude. Un professeur de philosophie ne note pas une copie en fonction de ses propres idées, ou en fonction de la conformité de la copie à une prétendue doctrine officielle. Ce qui compte, c’est la manière dont l’élève, dans la copie, problématise, argumente, analyse. Nous avons déjà parlé de cela en classe, lors du cours d’introduction à la philosophie, et lors de la méthode de la dissertation, mais si ce n’est pas clair, ou si vous n’êtes pas convaincue, je peux reprendre ce que nous avons dit, et préciser ma réponse.

      2/ Dans notre devoir, est-ce qu’il faut seulement exposer les différentes réponses possibles, ou bien est-ce qu’on peut prendre position et donner son avis ?

      Dans le programme officiel, il est dit que « L’enseignement de la philosophie en classes terminales a pour objectif de favoriser l’accès de chaque élève à l’exercice réfléchi du jugement ». Nous retrouvons ici l’idée de réflexion qui caractérise la philosophie, mais on a également le terme de « jugement ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que l’on vous demande de vous engager intellectuellement, de ne pas envisager de manière extérieure les problèmes, mais de juger, c’est-à-dire de formuler ce que vous pensez après réflexion. Attention, il faut distinguer le jugement de la simple opinion. L’opinion désigne ce qu’on pense immédiatement, ce qu’on pense à première vue à propos d’une question. Dans un sondage d’opinions par exemple, on demande simplement à l’individu de donner, assez rapidement, son avis. Le jugement désigne autre chose, c’est ce qu’on pense, certes, mais après réflexion, après avoir examiné précisément le problème, les différentes solutions possibles, et les arguments en présence. Il s’agit alors de déterminer quelle solution semble la plus raisonnable, quelle idée semble la plus justifiée. Juger ce n’est pas simplement donner son avis, c’est présenter les raisons qui permettent de penser que la solution que vous proposez est la bonne solution.
      En résumé : vous ne devez pas seulement exposer les différentes réponses possibles, vous devez prendre position, mais de manière argumentée (donc, ce n’est pas simplement “donner son opinion”).

      3/ Dans une dissertation de philosophie, est-ce qu’il faut suivre le cours ou bien est-ce qu’on est libre de construire son devoir à partir de ses propres idées ?

      Le cours a pour simple objectif de vous donner des outils intellectuels pour aller plus loin dans votre réflexion. Le cours ne prescrit donc absolument pas un ordre qu’il faudrait suivre. Il est simplement là pour être utilisé, dans le cadre de votre propre réflexion. Vous devez donc adopter une démarche personnelle de réflexion, et vous devez construire votre devoir à partir de cette réflexion.
      Mais, vous pourriez me demander s’il est nécessaire d’utiliser le cours. Ma réponse ici doit bien être comprise : dans l’absolu, vous pouvez ne pas utiliser le cours, mais c’est vraiment très risqué. En effet, si vous n’utilisez pas le cours, il faudrait tout de même utiliser d’autres connaissances, et il faudrait parvenir à une réflexion pertinente. Ce n’est pas impossible à faire, mais le cours vous fournit des outils dont il serait périlleux de ne pas se servir !
      En résumé : construisez votre devoir à partir de votre propre réflexion et utilisez vos connaissances pour aller plus loin dans votre réflexion (vos connaissances, c’est-à-dire le cours, mais aussi d’autres connaissances, tant qu’elles vous permettent d’approfondir votre questionnement).

      Merci de me dire si j’ai répondu à votre question et quel était son sens précis (Sens 1 ? Sens 2 ? Sens 3 ? Un autre sens ?)

  11. Comment parler d’une seule idée durant toute une partie sans se répéter ?
    Et peut on utiliser un film pour argumenter ?

    • 1/ « Comment parler d’une seule idée durant toute une partie sans se répéter ? »

      Quand je vous disais qu’une partie correspond à une et une seule idée directrice, cela ne signifie pas qu’il ne doit y avoir dans votre partie qu’une seule idée. Au contraire, il y aura plusieurs idées, mais une seule idée DIRECTRICE. Cela signifie que dans chaque partie, la pluralité de toutes vos idées devra être unifiée par cette idée directrice : toutes vos idées doivent converger vers une réponse que vous proposez à la question posée.
      Donc, il n’y a pas du tout de risque de se répéter, puisqu’on ne fait pas qu’affirmer l’idée directrice, et la répéter. Il faut argumenter : donner des raisons de défendre cette idée, répondre aux critiques qu’on peut faire. Il faut analyser : définir les termes employés, utiliser des distinctions conceptuelles pour préciser le sens de ce que vous affirmez. Il faut problématiser : voir les problèmes qui se posent, saisir la complexité du réel. Il faut utiliser ses connaissances (des références philosophiques, mais aussi les connaissances d’autres disciplines, ou des connaissances issues de votre culture général). Il faut donner des exemples pour montrer les applications concrètes et pratiques.
      Argumenter, analyser, problématiser, utiliser ses connaissances, donner des exemples : tout cela ne constitue en aucun cas une répétition de la même idée.
      Plus concrètement, il y a plusieurs manières d’organiser une partie. Voici quelques exemples possibles :
      – Exemple 1 : Annonce de son idée directrice. Argument 1. Référence philosophique pour approfondir l’argument. Argument 2. Exemple pour illustrer cet argument. Synthèse. Transition.
      – Exemple 2 : Problème qui se pose. Formulation d’une première réponse. Objection à cette première réponse. Formulation d’une deuxième réponse. Argument en faveur de cette réponse. Exemple pour illustrer cette idée. Synthèse. Transition.
      – Exemple 3 : Exemple qui sert d’accroche. Idée générale tirée de cet exemple. Justification de cette idée à partir d’un argument. Synthèse. Transition.
      … Il y a évidemment d’autres manières de procéder. Je voulais simplement vous montrer (plus clairement je l’espère) qu’on ne se répète pas dans une partie : au contraire, on avance vers un but (qui est de défendre une idée directrice, qui elle-même est une tentative de réponse à la question posée).

      2/ « Peut on utiliser un film pour argumenter ? »

      On peut tout à fait utiliser des films (ou bien des livres, des œuvres musicales, des peintures, des BDs…). Mais attention, ces références culturelles ne peuvent en elles-mêmes constituer un argument (un argument se construit à partir d’idées générales et essentiellement à partir de l’analyse conceptuelle des notions). Ces références peuvent en revanche vous aider à mieux analyser une idée, à dégager de manière plus claire un problème, à illustrer une idée.
      Nous avons d’ailleurs dans le cours sur le bonheur et le désir utilisé un opéra (Don Giovanni de Mozart), une pièce de théâtre (Molière, Dom Juan), une image (la publicité pour Dior)… Nous n’avons pas encore explicitement travaillé sur un film (j’en ai juste évoqué quelques-uns), mais nous nous aiderons d’extraits de films lors de certains cours.

      Sur l’usage de films en philosophie, vous pouvez emprunter au CDI : Ciné philo d’Ollivier Pourriol ou Philosophie en séries de Thibaut de Saint-Maurice. Un nouveau livre vient de sortir qui a l’air intéressant : Le cinéma de science-fiction, par Éric Dufour (je pense le commander pour le CDI).
      Cf. aussi sur le forum, le billet sur Fight Club.
      Pour l’usage de la musique en philosophie, cf. Rock’n philo de Francis Métivier (nous l’avons commandé au CDI, je ne sais pas s’il est arrivé).

  12. Comme je n’étais pas là lors du cours de la première partie, dans la lecture, les seules questions me venant ont déjà été posées et donc, eu une réponse. Veuillez m’en excuser.

  13. Comment introduire le sujet sans s’égarer ? Doit on illustrer chaque idées par des exemples ?
    Aura t’on un exemple de dissertation pour nous aider ?

    • Je confirme qu’un exemple de dissertation pourrait être bien utile et pourra répondre à pleins de questions.

      • La dissertation de philo ne suivant pas le principe de ” thèse – antithèse- synthèse ” , je ne vois pas comment une copie de philo avec un sujet aléatoire pourrait vraiment nous aider à avancer la réflexion demandée dans notre cas précis !

    • Je réponds pour le moment à vos deux premières questions :

      Comment introduire le sujet sans s’égarer ?

      Pour l’introduction, il faut se focaliser sur les deux points importants : 1/ dégager le problème et 2/ annoncer le plan.
      1/ Pour ne pas s’égarer dans la formulation du problème, il faut avant tout s’aider de l’analyse du sujet pour dégager le problème. Et, pour dégager le problème, le plus facile est de commencer par formuler une première réponse au sujet, d’expliquer pourquoi elle semble vraie, et ensuite, de formuler une objection (une critique) à cette réponse initiale, afin de montrer que “ce n’est pas si simple”.
      2/ Pour ne pas s’égarer dans l’annonce du plan, il faut simplement vérifier que chacune de vos parties constitue bien une réponse à la question posée, et qu’il y a bien une progression logique dans votre plan.

      Doit-on illustrer chaque idée par des exemples ?

      C’est une très bonne question. Pour vous répondre, il faut revenir au rôle que joue un exemple dans une dissertation. Un exemple ne sert pas d’argument, avions-nous dit, mais il sert à dégager, à travers un cas particulier, une application concrète et pratique, d’une idée générale, abstraite et théorique.
      Par conséquent, une idée doit être illustrée par un exemple, lorsqu’elle est, en elle-même, trop générale, trop abstraite, et trop théorique pour que l’on puisse voir immédiatement les applications concrètes et pratiques de cette idée.
      Comme ma formulation est elle-même trop générale, trop abstraite et trop théorique, il faudrait que je vous donne un exemple pour bien me faire comprendre ! Pour le moment, je n’ai pas d’exemple en tête proprement philosophique, mais je vous propose d’ores et déjà une comparaison avec les mathématiques :
      Si j’affirme que 2+2=4, je pense que je n’ai pas besoin de vous donner un exemple pour que vous compreniez ce que je veux dire.
      Maintenant, si j’affirme qu’une fonction est bijective si et seulement si tout élément de son ensemble d’arrivée a un et un seul antécédent, c’est-à-dire est image d’exactement un élément de son ensemble de départ… je pense que vous êtes d’accord pour dire qu’il faut ici un exemple pour bien comprendre ce que cela veut dire plus concrètement.
      En philosophie, c’est la même chose : si l’idée est facile à comprendre, ce n’est pas la peine de donner un exemple. Si l’idée est difficile à comprendre, complexe, il faut donner un exemple.
      Attention, cependant, car en philosophie, il faut problématiser, c’est-à-dire montrer que ce qu’on croit être simple, pose en fait problème. Il est donc parfois utile d’illustrer une idée à première vue simple, pour ensuite dégager, à partir de l’analyse de l’exemple, la complexité de cette idée.

  14. Pour la conclusion, doit-on reprendre seulement les idées principales de chaque partie, ou doit-on développer un minimum les idées évoquées afin de montrer précisement de quoi on parle, et donc, en tirer une conclusion ?

    • Pour la conclusion, il faut non seulement rappeler l’idée directrice de chaque partie, mais il faut aussi dégager la ligne directrice de l’argumentation. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut refaire toutes les étapes de l’argumentation, mais il faut formuler la dynamique générale de chaque partie (ce qui, globalement, vous a permis de défendre votre idée directrice).
      Pour mieux me faire comprendre, voici un très bon exemple de conclusion d’un élève de l’année dernière :
      « Le bonheur, état de satisfaction globale, semble provenir de la satisfaction de nos désirs. On le considère pour cette raison comme une affaire privée : chacun a sa conception du bonheur, en fonction de ses préférences, et c’est à chacun de faire les choix adéquats pour réaliser ses désirs. Nier ce point, c’est croire faussement qu’il existe une seule conception du bien légitime et c’est tomber dans le paternalisme. Cependant, nos désirs sont-ils toujours vraiment les nôtres ? Une analysée détaillée du fonctionnement de la publicité nous a permis de comprendre comment nos désirs, et notre conception du bonheur, peuvent être en partie façonnés par un imaginaire déjà constitué. De plus, dans une société de consommation, l’individu est maintenu dans un cycle d’insatisfaction qui semble rendre impossible un véritable bonheur. Ne pouvons-nous pas toutefois nous libérer d’une telle emprise sur nos désirs ? Ne pouvons-nous pas maîtriser nos désirs et rendre notre vie moins dépendante du hasard, afin de parvenir à une sérénité heureuse ? C’est ce que nous avons cherché à montrer à travers l’étude des sagesses épicurienne et stoïcienne.
      En définitive, dans la mesure où le bonheur dépend de la réalisation de ses désirs, à l’extérieur, dans le monde, il dépend nécessairement de facteurs que nous ne maîtrisons pas. Mais nous pouvons atteindre une forme de sérénité si nous parvenons à comprendre que le bonheur se trouve d’abord dans une réflexion sur nous-même et sur nos désirs. »

  15. Supposons qu’à chaque dissertation la note ne dépasse pas les 7/20 en sachant que l’élève s’applique à suivre la méthode de dissertation comment est ce qu’il pourrait progresser pour espérer une note correcte au bac?

    • Si vraiment un élève a l’impression qu’il applique la méthode et qu’il fait les efforts nécessaires pour cela, et qu’il n’arrive pourtant pas à progresser, il faut en discuter avec le professeur directement. Je suis en effet tout à fait disponible pour un entretien afin d’identifier plus précisément les difficultés et les pistes pour y remédier.

  16. Sommes-nous obligés de faire trois parties dans le développement ou pouvons-nous en faire seulement deux ?

    • J’allais justement poser cette question Jessica. Je pense avoir suffisamment d’idée pour nourrir deux parties mais vraiment pas pour une troisième. Dans la “structure générale du produit final”, on a marqué “2 ou 3 parties” ce qui laisse donc la possibilité de n’en faire que deux si l’on a pas trop le choix. Mais la “structure générale du plan” (plus loin dans la méthodologie faite en cours), on retrouve trois parties et elles semblent vraiment fondamentales ce qui nous laisse fortement penser que l’on doit obligatoirement parvenir à développer trois parties. S’il vous plait, dites nous que ce n’est pas obligatoire…

      • Je vous ai répondu finalement directement, mais je poste ma réponse également ici, si jamais quelqu’un se pose cette question.
        Le problème que vous soulignez vient du fait que j’ai repris tel quel sur le blog la méthodologie que j’appliquais avec mes élèves jusque là. Et effectivement, j’avais tendance à exiger de mes élèves qu’ils fassent trois parties. Maintenant je suis plus souple : j’accepte que mes élèves fassent deux parties, à la condition que le développement soit suffisamment conséquent et nuancé.
        Si je demandais à mes élèves de faire trois parties, c’était pour les forcer à envisager le problème dans sa complexité. Deux parties c’est en effet le risque d’une pensée binaire et trop simpliste. Mais si vous arrivez à développer, en deux parties, une réflexion pertinente, précise, cela ne pose pas de problème ! Je conseille toutefois toujours d’essayer de faire trois parties (justement pour éviter de tomber dans le piège souligné plus haut).

  17. Est-ce que l’on peut faire part de nos expériences personnelles dans une dissertation, comme exemple pour analyser une question?

    • Tout exemple est acceptable à condition qu’il apporte véritablement quelque chose à votre réflexion : est-ce que votre exemple est pertinent, intéressant, utile pour le sujet ? Qu’est-ce qu’il vous permet de faire ?
      Par conséquent, il est tout à fait possible d’utiliser l’expérience personnelle si l’on arrive à quelque chose de pertinent.
      Le risque cependant, avec ce type d’exemples, est d’en rester à un propos trop superficiel, trop plat, et finalement sans intérêt, ou bien de donner un exemple trop particulier, qui ne vaut que pour la vie privée de l’individu, et qui n’a donc là aussi pas d’intérêt d’un point de vue général.
      Il faut donc redoubler de méfiance, et vérifier de manière très attentive si votre exemple est véritablement pertinent.