Bonheur et liberté – Ira Levin, Un Bonheur insoutenable

« Dans un futur proche, les nations ont aboli toutes les guerres et la misère en créant UniOrd, un ordinateur central qui gère la vie de tous afin que tout le monde puisse vivre dans la paix et la prospérité. LI RM35M4419 est un jeune garçon tout ce qu’il y a de plus normal : il suit ses traitements contre les maladies mortelles, se confesse toutes les semaines auprès de son conseiller, chante des chansons en hommage au Christ, Marx et Wei, et éprouve le plus grand respect pour les décisions d’UniOrd.

Pourtant un jour à la cour d’école LI RM35M4419 apprend par l’un de ses petits collègues qu’il existerait des incurables : des gens qui ont refusés de se soumettre à UniOrd et aux différents traitements pour volontairement vivre dans la misère. Choqué LI RM35M4419 va directement se confesser auprès de son conseiller, son traitement est adapté et le petit garçon va à nouveau pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais cette question de libre arbitre l’a cependant intrigué. Et comme pour en rajouter, son grand-père, qui le surnomme sans cesse Copeau, lui tient de temps en temps des propos étranges au sujet de ses désirs ou de ses rêves. Mais LI RM35M4419 n’a pas de désirs, il suit ce que UniOrd lui dicte et est parfaitement heureux d’aider ainsi à la prospérité de l’humanité. Après tout, UniOrd sait ce qui est bon pour chaque membre de la famille. Il sait pour quel métier on est destiné, si on doit se marier ou avoir des enfants. Alors à quoi bon “vouloir” quand tout est prévu au mieux pour nous. Mais un jour son grand-père lui demande de vouloir très fortement quelque chose et cela durant la nuit qui précède son traitement. Et les idées se mettent lentement en place dans la tête de LI RM35M4419. Y aurait-il une autre façon de vivre, autrement que sous les ordres de UniOrd ? Pourrait-on agir uniquement pour soi et non pour la famille ? Et si les traitements n’avaient pour but que d’abrutir les cerveaux, et non de prémunir de maladies mortelles? Est-ce que LI RM35M4419 est réellement libre ? Ou est-ce que UniOrd ne représente que le gardien d’une prison dorée.

Et LI RM35M4419 va devenir Copeau, un individu qui va tenter de se libérer d’UniOrd. Mais cela n’est guère chose facile dans une société où des conseillers ne cessent d’examiner l’état et l’évolution psychologique de chacun et où l’on peut facilement se faire par tout un chacun qui ainsi croit agir pour le meilleur.

L’auteur américain Ira Levin s’est durant toute sa carrière distingué en s’attaquant un peu à tous les genres littéraires. Avec Un bonheur insoutenable, il s’attaque cette fois à la science-fiction pure et dure de type dystopique dans la lignée d’œuvres telles que 1984 (1948) de George Orwell, Le meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley ou de Fahrenheit 451 (1953) de Ray Bradbury. Ira Levin nous décrit donc un monde parfait qui très vite s’avérera pas si parfait que cela, et même totalement inhumain. L’individualité de chacun est inhibée, et cela grâce à des traitements faits à base de dépresseurs. Et comme chacun ne peut plus s’exprimer, il ne reste plus qu’à suivre la voie dictée par l’ordinateur central. Mais ici, contrairement à d’autres romans dystopiques du genre, cet état totalitaire n’est pas produit par la violence, mais est dirigée, justement, dans le bien de la plus grande masse.  »

Compte rendu du livre sur le site bibliotheca.skynetblogs.be (lien)

5 réflexions au sujet de « Bonheur et liberté – Ira Levin, Un Bonheur insoutenable »

  1. Toute utopie qui n’est pas aussi une u-chronie est incohérente. Les utopistes oublient d’abolir le temps. Il est impossible d’imaginer un état assez parfait pour que le temps ne le dégrade pas. Heureusement.

  2. Si je vous ai bien compris, vous affirmez l’existence d’une sorte de principe d’entropie pour les utopies. C’est effectivement une piste de réflexion intéressante.
    Dans la B.D. SOS Bonheur : cette idée me semble d’ailleurs explicitement intégrée à l’utopie elle-même (cf. la fin que je ne veux pas divulger ici…).

  3. Bonsoir,
    Pour information, le livre d’Ira Levin fera partie des livres que je vais déposer sur l’étagère spécifique aux TL cette année au CDI ; cela ne saurait tarder : je n’ai plus qu’à mettre l’étiquette adéquate sur les livres qui peuplent mon casier depuis une semaine…
    Juste une remarque en passant sur la dernière phrase du résumé ci-dessus : le fait que l’Etat totalitaire soit ici pensé dans l’intérêt de la plus grande masse ne me semble pas une exception au sein des dystopies américaines, mais plutôt une loi du genre : c’était déjà le cas dans “Le meilleur des mondes” d’Huxley.

    • Oui, tu as raison, c’est pour cela que j’aime bien faire la comparaison entre ces romans et l’idée de “despotisme doux” que l’on trouve chez Tocqueville.