Bonheur et morale – Le Choix d’Hercule

Texte

Le choix d’Hercule est un thème qui a donné lieu à de nombreuses reprises dans la littérature. Le texte central est toutefois celui de Prodicos, dont voici un extrait :

« Héraclès, à ce moment où, au sortir de l’enfance, on s’élance vers l’adolescence, à cet âge où les jeunes gens, devenus maîtres de leur personne, montrent dans quel chemin – celui de la vertu, ou celui de la dépravation – ils engageront leur vie, prit retraite à l’écart et, pendant une halte, se demanda laquelle de ces deux routes emprunter. C’est alors que se montrèrent à lui deux dames de belle stature : elles venaient à sa rencontre. […]

Alors qu’elles se rapprochaient d’Héraclès, [… l’une, voulant devancer l’autre…], se mit à courir vers Héraclès et lui dit : « Je te vois indécis, Héraclès, quant au chemin que tu dois emprunter dans la vie. Et bien, si tu acceptes mon amitié et me suit, je te conduirai vers le plus grand bonheur, par le chemin le plus aisé. Il n’est aucun plaisir que tu ne goûteras, et tu couleras ton existence sans connaître aucune peine. D’abord, tu n’auras à te soucier ni de guerres ni d’aucune entreprise, ton seul problème sera de rechercher la nourriture ou la boisson la plus exquise, les spectacles ou les concerts les plus charmants, les parfums ou les sensations les plus doux, les jeunes garçons dont l’amour te donnera la plus grande joie, les couches qui te donneront le plus tendre sommeil et comment jouir de tous ces plaisirs au prix du moindre effort. Si quelque crainte te survenait que ne tarisse la source de tous ces biens, sois tranquille que je ne te contraindrai jamais ni à peiner ni à travailler, ni physiquement ni moralement, pour te les procurer ; au contraire, ce pour quoi les autres auront travaillé, c’est toi qui en profitera, tu n’auras à t’abstenir de rien de ce dont tu pourras jouir. À ceux qui me suivent, je donne licence de tirer parti d’absolument tout ».  Héraclès écouta et dit : « Madame, comment vous appelle-t-on ? – Mes amis, dit-elle, m’appellent Félicité, mais ceux qui me haïssent, pour m’injurier, me nomment Dépravation. »

À ce moment, l’autre dame s’avança et dit : « Moi aussi, je viens vers toi, Héraclès, je connais tes parents et je sais par quelle éducation ton caractère a été formé. Voilà qui me donne à espérer, si tu empreintes le chemin qui va vers moi, qu’à coup sûr tu te rendras le valeureux auteur d’exploits nobles et grandioses qui me feront paraître encore plus honorable et relèveront encore l’éclat que m’apportent les bonnes actions. Je n’essaierai pas de te tromper en te chantant la promesse du plaisir ; mais conformément à ce qui a été fixé par les dieux, je t’exposerai les choses dans toute leur vérité.  De ce qui est véritablement beau et bon les dieux ne donnent rien aux hommes, si ce n’est au prix de peines et de soins diligents ; si tu désires la faveur des dieux, il faut honorer les dieux ; si tu veux avoir l’affection de tes amis, il faut bien t’occuper de tes amis, si tu souhaites qu’une cité te rendent les honneurs, il faut que tu te sois fais le bienfaiteur de cette cité ; si tu prétends, pour ta valeur, te faire admirer de la Grèce entière, il faut que tu essaies de faire le bien de la Grèce ; si tu veux que la terre te donne des fruits à foison, il faut cultiver la terre […] »

Prodicos de Céos, BII (Xénophon), in Jean-Paul Dumont (éd), Les Présocratiques, p.1062-1064

Vous pouvez lire le texte complet en suivant ce lien.

Illustration

L’iconographie autour de ce thème est très riche. Voici l’une des illustrations les plus célèbres du Choix d’Hercule, celle d’Annibal Carrache.

Annibal CARRACHE – Hercule entre le vice et la vertu (Ercole in bivio)
1596 Naples, Museo di Capodimonte

À vous

  • Analysez cette toile d’Annibal Carrache : essayez d’interpréter les différents éléments de ce tableau.

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