Examen critique du relativisme moral

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L’argument principal

(1) Les croyances morales sont différentes selon les individus.
Donc : Il n’y a pas de vérité en morale.

Problème 1 : Les croyances morales sont-elles fondamentalement différentes selon les individus ? N’y a-t-il pas des points d’accord importants ? Et la diversité apparente ne cache-t-elle pas en fait des similarités ?

Problème 2 :  On ne peut pas passer de l’affirmation d’une diversité de croyances morales, à l’idée qu’aucune de ces croyances morales n’est vraie.
Dans un cas on ne fait que décrire les croyances des invididus, et on affirme que le contenu de ces croyances n’est pas le même par exemple selon la culture. C’est ce qu’on appelle le relativisme descriptif.
Dans l’autre cas, on ne s’intéresse pas seulement au contenu de ces croyances et à leur diversité, mais on affirme que, parmi ces croyances diverses, aucune ne peut être considérée comme vraie et qu’aucune ne peut ainsi jouer le rôle de norme universelle. C’est ce qu’on appelle le relativisme normatif.
De manière générale, le simple fait que deux individus aient des croyances différentes à propos d’une même question ne permet pas de dire qu’il n’y a pas de vérité à propos de cette question : il est notamment possible que l’un se trompe et que l’autre ait raison !

Comme on vient de le voir, le relativisme moral normatif prétend le plus souvent tirer sa force du relativisme morale descriptif. Mais, on ne peut pas passer, tel quel, du relativisme moral descriptif au relativisme moral normatif.
Examinons maintenant deux tentatives pour compléter l’argument principal du relativisme et justifier le passage de la diversité des croyances morales à l’absence de vérité en morale.

1ère reformulation : l’argument de la tolérance

(1) Les croyances morales sont différentes selon les individus.
(2) L’idée d’une vérité en morale conduit à ne pas accepter ces différences et conduit ainsi à l’intolérance.
(3) L’intolérance n’est pas acceptable.
Donc : L’idée d’une vérité en morale n’est pas acceptable.

Problème 1 : Cet argument se mord la queue : il se réfute lui-même. Si l’idée d’une vérité en morale n’est pas acceptable (c’est la conclusion de cet argument), alors on ne peut pas affirmer qu’il ne faut pas être intolérant (prémisse 3), car c’est justement soutenir qu’il y a au moins une vérité en morale, celle selon laquelle il faut être tolérant !

Problème 2 : Ce n’est pas parce qu’on accepte l’idée de vérité en morale qu’on est nécessairement intolérant. On peut accepter l’idée de vérité en morale et défendre l’idée que parmi ces vérités morales, il y a justement une forme de devoir de tolérance, surtout si l’on reconnaît la difficulté des individus à déterminer ce qu’est la vérité en morale, ce qui devrait nous conduire à une certaine humilité, et à un véritable dialogue avec les autres, sans préjuger qu’on est en possession de la vérité.

2e reformulation : l’argument des désaccords irréductibles

(1) Les croyances morales sont différentes selon les individus.
(2) Ces différences conduisent à des désaccords qu’on ne peut pas résoudre.
(3) S’il y avait une vérité en morale, on pourrait résoudre les désaccords en déterminant qui a tort et qui a raison.
Donc : Il n’y a pas de vérité en morale.

Problème : Les désaccords en morale ne sont pas nécessairement irréductibles. On peut faire appel à certaines intuitions morales et à sa propre raison pour chercher à trouver un accord sur les questions d’éthique. Il semble en effet légitime de dire que la souffrance est prima facie un mal, et que se soucier des autres est prima facie un bien. Même si nos intuitions restent vagues, elles peuvent fournir une première approche du domaine de la morale. D’autre part, nous avons la capacité de raisonner dans le domaine de la morale. Certes nous ne pouvons pas prétendre démontrer la vérité d’un jugement de valeur à partir de prétendus axiomes de la morale, mais nous pouvons tester la cohérence globale de nos jugements et chercher la plus grande cohérence possible.

Une réflexion au sujet de « Examen critique du relativisme moral »

  1. Je viens d’ajouter à cet article la version “diaporama” du résumé du cours.