Ricœur – La notion d’identité narrative

Texte

Source : Monique Castillo, « Identité narrative et littérature », Constitution du champ littéraire: limites, intersections, déplacements, L’Harmattan, 2008 (Cahiers de philosophie de l’Université de Paris XII-Val-de-Marne, numéro 5)

« [Il est important de souligner] la dimension littéraire de l’identité narrative, puisque la littérature apporte la fiction nécessaire à la mise en intrigue. Sur ce point, Ricœur parle même d’une « application de la fiction à la vie » [1] et d’un impact de la littérature sur la vie quotidienne [2]. Cela veut dire que c’est grâce à la littérature que la vie peut tout simplement devenir une expérience, au sens plein d’une expérience de vie sensée : c’est par la littérature que la vie devient histoire. Ce qui se comprend à deux niveaux de lecture, un niveau littéraire et un niveau philosophique, ontologique.

La composante littéraire est constitutive d’expérience. La fiction fournit les histoires qui rendent possible la « narrabilité » du temps vécu. Nous n’aurions pas l’idée de mettre la vie, même la nôtre, en récit, si nous ne disposions pas de programmes narratifs exemplaires. Si on ne m’avait pas raconté d’histoires, je ne serais pas capable de mettre ma vie en histoire […].

Chacun a donc besoin de mettre sa vie en histoire pour en faire une totalité qu’il peut dire sienne. […] La fiction seule fournit les expériences exemplaires qui donnent au vécu une véritable réalité narrative.

[…] De ce que la vie n’est que flux Nietzsche conclut que l’identité que je me donne est purement illusoire, fabriquée et fictive. Mais Ricœur aborde le problème en phénoménologue : je n’ai pas d’autre vie que le phénomène de ma vie dont la mise en intrigue fait une unité d’action. […]

En récusant la thèse d’un moi-substance primordial qui servirait de réceptacle à l’ensemble de ses affections, le philosophe fait venir au commencement l’événementialité de l’imprévu et du hasard, et, avec elle, l’indéchiffrable, l’innomé, l’inconnaissable. Dans une telle ontologie événementialiste, le seul ordre intelligible qui puisse être donné à un chaos de percepts est celui d’une histoire organisée comme un récit. » (p.340-341)

[1] Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, p.191
[2] Paul Ricœur, Temps et récit, I, p.149

2 réflexions au sujet de « Ricœur – La notion d’identité narrative »

    • Je vous remercie pour cet éclairage sur la notion d’identité narrative.