[Complément] Le corps et l’esprit dans le christianisme

Pour avoir un aperçu de la question complexe du rapport entre le corps et l’esprit dans le christianisme, je vous renvoie à cet article :

Jérôme Baschet, « Âme et corps dans l’Occident médiéval : une dualité dynamique, entre pluralité et dualisme », Archives de sciences sociales des religions, 112 | octobre-décembre 2000 (Lien vers l’article).

Je vous conseille plus précisément de lire ces trois passages :
1/ Un dualisme apparent
2/ Mais une unité profonde entre le corps et l’esprit
3/ Une singularité du christianisme : la résurrection des corps, le corps glorieux

L’article n’évoque malheureusement pas la place de la notion de chair (sarx en grec) dans le christianisme (qu’il ne faut absolument pas identifier au corps). Voici un texte qui précise le sens de ce terme dans les textes de Paul.

« Le sens du mot sarx, dans S.Paul, est beaucoup plus large que celui du terme correspondant de l’Ancien-Testament. Voici quelques-unes des acceptions principales de ce terme. Chair se dit de la matière périssable qui fait partie de notre être (I Cor. 15, 39) ; puis de la face externe de la vie humaine opposée à sa face interne (homme extérieur, homme intérieur. 1 Cor. 7, 1) ; ensuite de la personnalité (Rom. 3, 20) ; mais notamment de la nature physique de l’homme avec les appétits et les désirs qui lui sont inhérents (Rom. 13, 14 ; Gal. 5, 16). Car de même que l’instinct moral est inséparable de la nature spirituelle, de même la nature matérielle possède l’instinct des besoins physiques communs, d’ailleurs, à tous les êtres organisés, et indispensable à leur conservation et à leur épanouissement. Ce qui distingue cet instinct, l’expérience le démontre à tout moment, c’est l’égoïsme. […]
Il importe donc de constater ce que, moralement parlant, il faudra entendre par chair, puisque c’est elle qui confère à la vie humaine sa condition immorale. Or il résulte d’une caractéristique générale de sarx que celle-ci est un principe diamétralement opposé au principe spirituel, une puissance qui s’exerce au dedans de nous, qui nous entraîne vers les choses du monde, par lesquelles elle est continuellement sollicitée, nous faisant ainsi perdre de vue notre destination définitive, palliant en quelque sorte le mal à nos yeux, et disposant de nous comme le maître dispose de l’esclave (Gal. 5, 17 ; 1 Tim. 6, 9 ; Éph. 4, 22 ; Rom. 2, 15 ; 7, 11, 18) ; une puissance qui, vis-à-vis de Dieu, prend une attitude indépendante, hostile et rebelle (Rom. 8, 7). C’est l’égoïsme […] qui entrave avec une force inégale la vie spirituelle dans ses manifestation, et qui, pour cette raison, devient la source universelle de tous les travers de l’humanité. Dès lors notre expression sensualité ne répond plus que très imparfaitement à l’idée de sarx : le rapport de celle-ci à celle-là est un rapport du genre à l’espèce. […] Il y a plus. Si sarx ne renfermait que la notion de sensualité, celle-ci relevant immédiatement de la vie organique, la vie organique serait, en dernière instance, la source du mal, hypothèse toute gratuite, une pareille opinion étant parfaitement étrangère au système de l’apôtre Paul. Nulle part il ne se rencontre le moindre vestige de dualisme ; nulle part il n’y est dit que le vice se rattache à l’élément matériel. »
Ch. Mischi, Essai sur l’anthopologie de S. Paul (1854), p.4-7 [Lien vers le livre sur Google-Books]

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter ce livre de Joseph Cattelain, Étude du mot Sarx dans les Épîtres de Paul (lien vers le livre sur Google-Books).

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