« Tout ce que j’ai reçu jusqu’à présent pour le plus vrai et assuré, je l’ai appris des sens, ou par les sens : or j’ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés. »
Descartes, Méditations métaphysiques, I
Les sens sont parfois trompeurs…
- Illusions visuelles : illusion de Müller-Lyer, échiquier d’Adelson, illusion du mur de café, illusion de Zollner, illusion de Jastrow, les serpents tournants et autres illusions de Akiyoshi Kitaoka, …
- Illusions sonores : l’illusion de Shepard (impression d’un son qui n’arrête pas de monter), le rythme de Risset (impression d’un rythme qui n’arrête pas d’accélérer) et l’effet Mc Gurck, …
- Illusions du toucher : l’illusion d’Aristote, l’illusion de Berkeley, …
- Illusions du goût et de l’odorat : un sirop de grenadine coloré en vert est perçu comme un sirop de menthe ; un vin blanc coloré en rouge est perçu comme du vin rouge ; le même vin présenté dans une bouteille d’un grand cru et dans un pichet ordinaire est catégorisé comme un bon vin dans un cas, et comme un vin de table dans l’autre ; …
- Illusions de la proprioception : membres fantômes, illusion de Pinocchio, illusion de la main en latex, les illusions de l’équilibre, …
Limites de l’argument de la tromperie des sens
1/ Le cas de l’illusion ne semble pas pouvoir être généralisé. Si notre perception est claire et distincte et si elle se fait dans un contexte ordinaire, peut-on vraiment penser que nous sommes sous le coup d’une illusion ?
« Mais, encore que les sens nous trompent quelquefois touchant les choses fort peu sensibles et fort éloignées, il s’en rencontre néanmoins beaucoup d’autres desquelles on ne peut pas raisonnablement douter, quoique nous les connaissions par leur moyen : par exemple, que je suis ici, assis auprès du feu, vêtu d’une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains, et autres choses de cette nature. Et comment est-ce que je pourrois nier que ces mains et ce corps soient à moi ? »
Descartes, Méditations métaphysiques, I
2/ L’illusion elle-même ne nous condamne pas nécessairement à l’erreur : on peut se rendre compte qu’il s’agit d’une illusion, et du coup sortir de l’illusion ou du moins rectifier son jugement.