Séries Technologiques – Méthode de l’explication de texte

ATTENTION, cette méthode concerne les séries technologiques exclusivement. 

Au baccalauréat, vous avez le choix entre trois sujets possibles : deux sujets de dissertation et un sujet d’explication de texte.

Le texte qui vous est proposé à l’explication est toujours un court extrait de l’œuvre d’un des auteurs au programme. Il y a en effet dans le programme de philosophie une liste d’auteurs, dont il faut bien comprendre la signification : le cours de philosophie en terminale n’est pas un cours d’histoire de la philosophie. Le programme est avant tout composé de notions, qui renvoient à des problèmes philosophiques, et ce sont ces problèmes qui organisent notre réflexion tout au long de l’année. Nous voyons certes dans le cours la pensée de certains auteurs sur tel ou tel point précis, mais ces auteurs servent simplement de références philosophiques pour approfondir votre propre réflexion. Par conséquent, on ne peut exiger de vous une connaissance de l’auteur, lorsque vous faites votre explication de texte.

Que faut-il faire alors dans l’explication de texte ? Expliquer le texte certes, mais il ne s’agit pas de n’importe quel type de texte. Vous avez devant vous un texte philosophique : il va falloir ainsi comprendre la démarche philosophique de l’auteur dans ce texte. Or nous avions dégagé trois composantes essentielles de la démarche philosophique : problématiser, argumenter, conceptualiser. Il vous faudra donc avant tout  : dégager le problème philosophique auquel l’auteur essaie de répondre, expliquer l’argumentation que l’auteur construit pour justifier sa position sur ce problème, définir les concepts que l’auteur utilise dans son argumentation.

Il faudra par ailleurs, tout comme dans la dissertation, utiliser vos connaissances pour approfondir votre analyse. Il sera en effet nécessaire de donner des exemples pour illustrer les idées du texte, et d’utiliser des références philosophiques pour éclairer le sens du texte en le confrontant à des perspectives philosophiques différentes.

Il ne faut donc pas croire que l’explication de texte est un exercice plus facile que la dissertation (parce qu’il y a un support). L’explication de texte repose sur des exigences précises et le risque du choix de l’explication de texte est d’en faire un choix par défaut, et de tomber dans la simple paraphrase.

Dans les séries technologiques, l’explication de texte est guidée par des questions qui indiquent la structure du devoir.

– La première question correspond à l’introduction de l’explication de texte. Il s’agit de faire une présentation générale du texte, de faire une analyse globale.

– La deuxième question correspond au développement de son explication. Il s’agit de faire une analyse fine et détaillée des passages importants du texte.

– La troisième question correspond à une discussion du texte. Le texte présente une position philosophique particulière sur un problème philosophique particulier. Or cette réponse mérite  d’être discutée : il faut en déterminer la pertinence et les limites.

 

I – La 1ère question : l’introduction (analyse globale du texte)

Quelle que soit la manière dont la première question est formulée, il s’agit toujours de faire une présentation générale du sens du texte. Pour faire cette analyse globale du sens du texte, il faut suivre les étapes suivantes.

1/ Dégager le thème du texte

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Le thème du texte, c’est ce sur quoi porte le texte. Il faut repérer la notion ou le couple de notions qui forment le sujet principal du texte.

Comment faire ?

– On repère les mots importants, les termes qui reviennent dans le texte et essaie de voir à quoi ces termes se rapportent tous.

– On peut s’aider des notions du programme (le texte doit toujours se rapporter à au moins une des notions du programme)

– On peut s’aider des termes qui sont présents dans la question 3

2/ Dégager la question directrice

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Le texte à expliquer est un texte philosophique : il y a donc derrière ce texte une question philosophique à laquelle l’auteur s’intéresse.

Comment faire ?

– La question directrice doit être à propos du thème qu’on vient de dégager.

– La question directrice doit être la question à laquelle l’ensemble du texte cherche à répondre. Tout le texte doit se rapporter à cette question directrice. Si la question qu’on a trouvée ne se rapporte qu’à une partie du texte seulement, cela signifie qu’on n’a pas trouvé la question directrice du texte.

– On peut s’aider de la question 3, mais il faudra de toute façon formuler par vous-même la question directrice.

3/ Dégager la thèse de l’auteur

Qu’est-ce que cela veut dire ?

La thèse de l’auteur, c’est la position que l’auteur cherche à défendre dans ce texte.

Comment faire ?

– La thèse de l’auteur, ce n’est pas un passage du texte. Dégager la thèse du texte, ce n’est pas citer une partie du texte. Il faut formuler la thèse par vous-même.

– La thèse s’exprime sous la forme d’une phrase complète (la thèse, ce n’est pas un mot, ou une expression), sous la forme d’une affirmation (la thèse, ce n’est pas une question).

– La thèse de l’auteur doit être une réponse à la question directrice qu’on vient de dégager.

– Les termes importants du texte doivent se retrouver dans la formulation de la thèse.

4/ Dégager le plan du texte

Qu’est-ce que cela veut dire ?

L’auteur cherche à défendre sa thèse et pour cela il construit une argumentation. Le texte suit une progression logique qu’il s’agit de reconstituer.

Comment faire ?

– On repère dans le texte les connecteurs logiques, les expressions qui marquent le passage à une autre idée. (Un changement de paragraphe est souvent le signe du passage à une autre idée, mais pas nécessairement).

– On lit le texte progressivement et on fait une petite marque de séparation dans le texte dès qu’on repère le passage d’une idée à une autre. On essaie ensuite de voir ce qui va ensemble afin de dégager les différentes parties du texte.

– Chaque partie doit correspondre à une étape dans l’argumentation de l’auteur : l’énoncé d’une idée, la définition d’un concept, un argument, une objection, la réponse à une critique, un exemple…

– Lorsqu’on dégage ces différentes étapes, on ne se contente pas de dire qu’il y a un argument, qu’il y a un exemple … on précise toujours de quel argument il s’agit, de quel exemple il s’agit, …

– On peut dégager entre 2 et 5 étapes au maximum. Une seule phrase peut, dans certains textes, constituer une étape à part entière. (On peut s’aider de la question 2 : puisqu’on vous demande dans cette question d’expliquer des passages importants du texte, cela signifie que ces passages se rapportent à des étapes du texte).

– Pour chaque étape, on doit indiquer les lignes correspondantes. (Remarque : Il n’y a pas nécessairement le même nombre de lignes pour chaque étape).

 

II – La 2e question : le développement (analyse détaillée du texte)

Quelle que soit la manière dont la deuxième question est formulée, il s’agit toujours de faire une analyse détaillée de certains passages importants du texte.

Pour chaque passage à expliquer, il faudra suivre les étapes suivantes :

1/ Qu’est-ce que cela veut dire ?

– Il faut analyser c’est-à-dire définir chacun des termes du passage à expliquer.

– Il faut ensuite reformuler le sens global à partir de cette analyse.

2/ Qu’est-ce qui permet de dire cela ?

– Il faut donner un exemple précis et concret qui permet de montrer comment l’idée de l’auteur s’applique dans la réalité.

– Il faut expliquer les raisons pour lesquelles cette idée semble vraie.

3/ Pourquoi l’auteur affirme-t-il cela ?

– Il faut montrer le lien qu’a ce passage avec l’ensemble du texte et avec la thèse de l’auteur : il faut expliquer à quelle étape dans l’argumentation ce passage correspond.

III – La 3e question : discussion du texte

La question 3 correspond en fait à une “mini-dissertation”, qui doit donc suivre les règles de la méthode de la dissertation. Il faut suivre les étapes suivantes (c’est un rappel, cf. la méthode de la dissertation pour plus de précisions) :

1/ Introduction

– Il faut dégager la problématique.

– Il faut annoncer votre plan.

2/ Développement en 2 parties

– Chaque partie doit correspondre à une réponse à la question posée.

– Il doit y avoir une progression logique de la première à la deuxième partie.

– Dans chaque partie, il faut construire une argumentation précise qui se fonde sur l’analyse des concepts. Il faut donner des exemples pour montrer comment vos idées s’appliquent à la réalité, et il faut utiliser des références philosophiques pour approfondir votre réflexion.

3/ Conclusion

– Il faut faire un récapitulatif de votre développement.

– Il faut dégager l’intérêt de votre réponse finale.

Grille d’autoévaluation pour la dissertation

Les qualités formelles (la méthode est-elle respectée ?)

  • L’expression des idées est-elle toujours claire, sans fautes d’orthographe ou de syntaxe ?
  • Le devoir est-il globalement fait dans les formes, c’est-à-dire : y a-t-il une introduction, un développement conséquent en deux ou trois parties, une conclusion ?
  • Dans l’introduction, un problème est-il dégagé (avec une réponse et une contre-réponse, toutes les deux justifiées à partir de l’analyse du sujet) ? Le plan est-il correctement annoncé (avec l’idée directrice de chaque partie) ?
  • Dans chaque partie : y a-t-il une réponse à la question posée ? Y a-t-il une organisation logique des idées ? Le lien avec la question posée est-il toujours clair ? À la fin, y a-t-il un bilan et une transition vers la partie suivante ?
  • Dans le plan, y a-t-il une progression logique d’une partie à une autre ?
  • La conclusion retrace-t-elle le cheminement parcouru dans le devoir et formule-t-elle bien l’intérêt de la solution proposée ?

Les qualités de contenu (le contenu est-il pertinent ?)

  • La question posée est-elle envisagée dans ses enjeux importants ? Les problèmes essentiels sont-ils dégagés ?
  • Y a-t-il un véritable dépassement des lieux communs, des idées simplistes ?
  • Les idées sont-elles justifiées par des arguments convaincants et à partir d’une analyse minutieuse des idées ? Les objections sont-elles envisagées et y a-t-il une tentative de répondre à ces objections ?
  • Y a-t-il des définitions et des distinctions conceptuelles  précises ?
  • Y a-t-il un usage pertinent de références philosophiques et d’autres connaissances ?
  • Y a-t-il des exemples pour ancrer le devoir dans le réel, dans le concret ?

TL1 – Exercice de problématisation d’un sujet

Dans le cadre du travail sur la méthodologie de la dissertation, les élèves de TL1 ont fait un exercice de problématisation du sujet : “La réflexion est-elle un obstacle au bonheur ?”. Voici un exemple d’un travail bien réussi dans l’ensemble (avec mes commentaires en rouge) :

« Le bonheur peut paraître comme une priorité dans la vie d’un homme, comme un but ultime qui apporterait plénitude et entière satisfaction. Pour atteindre le bonheur, il faudrait alors se questionner sur sa vie et son existence [j’ai légèrement modifié la formulation initiale qui était un peu maladroite]. Réfléchir serait un moyen de choisir ce qui peut nous rendre heureux, et ce qui au contraire serait un obstacle à notre bonheur. En effet, dans notre parcours vers le bonheur, nous pourrions être confrontés à différentes barrières, différents obstacles qui devraient alors être franchis [il faudrait ici montrer comment la réflexion semble permettre de franchir ces obstacles, qui eux-mêmes devraient être précisés]. Pourtant la réflexion peut aussi nous renvoyer à la mort et devenir une conscience noire de la vie : avoir sans cesse conscience de la fin de notre existence nous réduit à un état de nostalgie [“nostalgie” n’est pas le terme le plus adéquat ici]. »

(Ce travail répond de manière tout à fait satisfaisante aux exigences vues en cours : il y a bien une réponse et une contre-réponse, toutes les deux justifiées à partir d’une analyse du sujet. La formulation était parfois à revoir et l’analyse de la notion de réflexion pourrait être approfondie, mais l’intérêt de ce travail est d’avoir particulièrement bien saisi la tension interne au sujet)

Et voici le corrigé que je vous propose :

« Le bonheur semble devoir se concevoir comme un état de satisfaction complète, mais comment l’homme peut-il alors parvenir à un tel état de plénitude ? Un trait spécifique des êtres humains est la capacité qu’ils ont de penser et notamment de penser à propos d’eux-mêmes. La réflexion désigne justement cette capacité de penser à propos de soi-même, de procéder à un retour sur soi. L’homme peut alors, par la réflexion, prendre du recul par rapport à une situation, l’analyser, remettre en question ses croyances, prendre en compte toutes les informations pertinentes. La réflexion permettrait ainsi de guider la prise de décision, d’éviter les erreurs et de faire de meilleurs choix. Par conséquent, dans la mesure où le bonheur est un but que nous visons et non une donnée immédiate, la réflexion serait nécessaire pour parvenir au bonheur. Mais réfléchir c’est aussi prendre conscience de ce que nous sommes et de ce que nous ne sommes pas. Ce questionnement existentiel conduit nécessairement l’individu à prendre conscience qu’il est soumis à l’emprise du temps et que tout ce à quoi il tient est également soumis à cette emprise. En exerçant sa réflexion, l’homme prendra conscience de la fragilité du bonheur, voire du caractère illusoire de cet idéal de satisfaction complète. Devons-nous alors considérer qu’il faut s’abstenir de penser pour être heureux ? Le bonheur réside-t-il dans l’insouciance ? »

N’hésitez pas à mettre en ligne votre travail (en commentaire ci-dessous) !

 

 

Problématiser – Argumenter – Conceptualiser

Dès la première séance d’introduction à la philosophie, nous avons insisté (lourdement…) sur les 3 opérations nécessaires en philosophie : problématiser, argumenter et conceptualiser.

Ce sont ces opérations que nous allons constamment accomplir tout au long de l’année ! Pour bien saisir le sens général de ces démarches, on peut associer chacune de ces démarches à un type de question qu’il s’agit de se poser en philosophie.

  • Problématiser, c’est chercher à répondre à la question : “Est-ce si simple ?”
  • Argumenter, c’est chercher à répondre à la question : “Qu’est-ce qui permet de dire cela ?”
  • Conceptualiser, c’est chercher à répondre à la question : “Qu’est-ce que cela veut dire ?”

Vous pouvez d’ailleurs télécharger ce petit “poster”… à afficher où bon vous semble… :

Ne vous inquiétez pas si vous ne voyez pas encore bien ce que signifie problématiser, argumenter et conceptualiser, nous allons travailler tout au long de l’année ces trois opérations. Mais si vous avez déjà des questions, n’hésitez pas et postez votre commentaire ci-dessous !