TL1 – Exercice de problématisation d’un sujet

Dans le cadre du travail sur la méthodologie de la dissertation, les élèves de TL1 ont fait un exercice de problématisation du sujet : “La réflexion est-elle un obstacle au bonheur ?”. Voici un exemple d’un travail bien réussi dans l’ensemble (avec mes commentaires en rouge) :

« Le bonheur peut paraître comme une priorité dans la vie d’un homme, comme un but ultime qui apporterait plénitude et entière satisfaction. Pour atteindre le bonheur, il faudrait alors se questionner sur sa vie et son existence [j’ai légèrement modifié la formulation initiale qui était un peu maladroite]. Réfléchir serait un moyen de choisir ce qui peut nous rendre heureux, et ce qui au contraire serait un obstacle à notre bonheur. En effet, dans notre parcours vers le bonheur, nous pourrions être confrontés à différentes barrières, différents obstacles qui devraient alors être franchis [il faudrait ici montrer comment la réflexion semble permettre de franchir ces obstacles, qui eux-mêmes devraient être précisés]. Pourtant la réflexion peut aussi nous renvoyer à la mort et devenir une conscience noire de la vie : avoir sans cesse conscience de la fin de notre existence nous réduit à un état de nostalgie [“nostalgie” n’est pas le terme le plus adéquat ici]. »

(Ce travail répond de manière tout à fait satisfaisante aux exigences vues en cours : il y a bien une réponse et une contre-réponse, toutes les deux justifiées à partir d’une analyse du sujet. La formulation était parfois à revoir et l’analyse de la notion de réflexion pourrait être approfondie, mais l’intérêt de ce travail est d’avoir particulièrement bien saisi la tension interne au sujet)

Et voici le corrigé que je vous propose :

« Le bonheur semble devoir se concevoir comme un état de satisfaction complète, mais comment l’homme peut-il alors parvenir à un tel état de plénitude ? Un trait spécifique des êtres humains est la capacité qu’ils ont de penser et notamment de penser à propos d’eux-mêmes. La réflexion désigne justement cette capacité de penser à propos de soi-même, de procéder à un retour sur soi. L’homme peut alors, par la réflexion, prendre du recul par rapport à une situation, l’analyser, remettre en question ses croyances, prendre en compte toutes les informations pertinentes. La réflexion permettrait ainsi de guider la prise de décision, d’éviter les erreurs et de faire de meilleurs choix. Par conséquent, dans la mesure où le bonheur est un but que nous visons et non une donnée immédiate, la réflexion serait nécessaire pour parvenir au bonheur. Mais réfléchir c’est aussi prendre conscience de ce que nous sommes et de ce que nous ne sommes pas. Ce questionnement existentiel conduit nécessairement l’individu à prendre conscience qu’il est soumis à l’emprise du temps et que tout ce à quoi il tient est également soumis à cette emprise. En exerçant sa réflexion, l’homme prendra conscience de la fragilité du bonheur, voire du caractère illusoire de cet idéal de satisfaction complète. Devons-nous alors considérer qu’il faut s’abstenir de penser pour être heureux ? Le bonheur réside-t-il dans l’insouciance ? »

N’hésitez pas à mettre en ligne votre travail (en commentaire ci-dessous) !

 

 

4 réflexions au sujet de « TL1 – Exercice de problématisation d’un sujet »

  1. Je vous propose mon exercice de problématisation, pour savoir quel serait les choses à améliorer :

    Ce qui caractérise l’être humain est sa capacité à la réflexion, avoir un point de vue et un jugement sur ce qui l’affecte. Cette caractéristique qui nous est propre nous permet de prendre des décisions et de faire des choix plus ou moins décisifs dans notre vie. Notre réflexion peut changer le cours de notre vie. Si l’on applique cette faculté de césure à notre quête éternelle du bonheur cela devient beaucoup plus complexe. En effet, les choix que nous allons faire peuvent nous mener au bonheur ou au contraire nous en éloigner fortement. Les décisions prises peuvent donc engendrer un risque à notre but final qui est cet état de plénitude et de bien-être. La réflexion peut être un moyen de parvenir au bonheur. Cependant, celle-ci peut aussi positionner l’être humain dans une souffrance morale car nous savons que ce choix peut influencer notre destin. En effet, grâce à cette réflexion et notre conscience nous savons que nos décisions peuvent nous mener à un plus profond malheur et donc obtenir l’inverse du résultat escompté. Notre réflexion va nous mener à penser à la mort, à la possibilité du bien et du mal. Finalement, est ce que le fait de réfléchir peut-il nous amener au bonheur ou au contraire en être un obstacle ?

    • Ce qui est bien, c’est que vous avez commencé à analyser le sujet (dans son intégralité : les notions de réflexion, de bonheur et d’obstacle ont toutes été prises en compte), et que vous essayez de proposer une réponse et une contre-réponse à partir de cette analyse. Restent 2 points à améliorer :

      1/ Ce qu’il faudrait améliorer, c’est d’abord la structure.
      Après avoir analysé la notion de réflexion, vous évoquez d’abord une première réponse (“En effet, les choix que nous allons faire peuvent nous mener au bonheur”), puis vous évoquez la contre-réponse (“ou au contraire nous en éloigner fortement. Les décisions prises peuvent donc engendrer un risque à notre but final qui est cet état de plénitude et de bien-être”) ; ensuite, vous revenez à la première réponse (“ La réflexion peut être un moyen de parvenir au bonheur.”) ; et finalement vous parlez à nouveau de la contre-réponse (“Cependant, celle-ci peut aussi positionner l’être humain dans une souffrance morale …”).
      Il faudrait adopter une structure plus claire : 1°) proposer une première réponse au sujet à partir de l’analyse du sujet, et ensuite 2°) proposer une contre-réponse.

      2/ Il faudrait également justifier davantage et plus clairement la réponse et la contre-réponse.
      Vous écrivez par exemple que “La réflexion peut être un moyen pour parvenir au bonheur”, mais vous n’avez pas assez précisé pourquoi : vous avez dit que la réflexion permet de faire des choix, mais quelles sont les caractéristiques de la réflexion qui permettent de dire que la réflexion permet de faire les bons choix en vue du bonheur ? Cf. en ce sens ce passage dans le corrigé que je propose : “L’homme peut alors, par la réflexion, prendre du recul par rapport à une situation, l’analyser, remettre en question ses croyances, prendre en compte toutes les informations pertinentes. La réflexion permettrait ainsi de guider la prise de décision, d’éviter les erreurs et de faire de meilleurs choix.”.
      D’autre part, lorsque vous écrivez que la réflexion peut “positionner l’être humain dans une souffrance morale car nous savons que ce choix peut influencer notre destin”. On ne voit pas bien en quoi le fait de prendre conscience de notre capacité d’influencer notre destin peut nous faire souffrir, n’est-ce pas au contraire rassurant de penser que l’on peut être en partie maître de son existence ? Il faudrait préciser ce que vous voulez dire.
      Dans votre justification de votre contre-réponse, vous avez proposé plusieurs arguments : (i) la réflexion “positionne l’être humain dans une souffrance morale car nous savons que ce choix peut influencer notre destin”, (ii) la réflexion nous fait comprendre que ”nos décisions peuvent nous mener à un plus profond malheur” et (iii) “notre réflexion va nous mener à penser à la mort”. Ce sont trois arguments qui, en tout cas en apparence, semblent bien différents. Or, dans l’introduction, il faut se contenter de proposer une seule justification, un seul argument : celui qui semble le plus clair. C’est seulement dans le développement que vous développerez (justement) les différents arguments qui permettent de justifier ou de critiquer telle ou telle thèse.

  2. voici une tentative, qui prend les choses dans l’ordre inverse…

    Dans sa quête du bonheur, d’un état de pure satisfaction, l’être humain est confronté aux limites que lui impose le réel. Devant la difficulté du chemin, face-à-face avec son état de manque impossible à combler, la tentation est forte de s’en prendre, justement, à sa capacité de réflexion, de retour sur lui-même. Ne serait-il pas plus heureux s’il cessait de s’interroger sur les voies d’accès au bonheur? Ne serait-il pas plus simple de s’oublier, de cesser de penser, de s’inquiéter, de juger et d’analyser ? La recherche réfléchie du bonheur serait-elle le principal obstacle à la découverte d’un parcours qui ne se peut trouver que les yeux fermés, en se laissant porter par la vie ?
    Ce mouvement, pourtant, est peut-être trompeur. Car avant de réfléchir, l’homme désire, d’un désir d’autant plus insatiable qu’il ne cesse de trouver de nouveaux objets, et de se lasser de ceux qu’il a pu accaparer. Pour domestiquer ce désir, à l’origine de son manque d’être qui l’éloigne toujours plus du bonheur, il est possible que la pensée réfléchie soit sa meilleure arme. Lorsqu’elle ouvre à la sagesse, la réflexion, loin d’être un obstacle au bonheur, pourrait-elle lui ouvrir une voie d’accès?

    • C’est un très bon exemple, qui montre bien qu’on peut s’y prendre de plusieurs manières différentes : l’essentiel étant le travail de questionnement à partir de l’analyse du sujet.