Vos Questions

Vous pouvez poser ici vos questions, faire vos remarques. N’oubliez pas que, même sur le web, il faut s’efforcer d’écrire de manière la plus correcte possible.

Vous retrouverez également ici, sous une forme anonymée, les questions qui m’ont été posées en cours ou par mail, afin que chacun puisse profiter de la réponse que j’ai essayé de donner à l’élève en question.

Afin de pouvoir retrouver plus facilement les discussions “du moment”, les questions les plus récentes s’affichent en premier.

42 réflexions au sujet de « Vos Questions »

  1. Bonjour, je ne vous ai pas comme professeur mais vos conseils m’ont déjà beaucoup servi (un 15 grâce à votre cours sur le désir). Selon ma prof(qui est parfois un peu radicale), il est idiot aussi bien en dissertation qu’en commentaire d’annoncer son plan, sinon il ne sert plus à rien de lire la copie. Or, selon de nombreux profs et d’après tous les manuels, le correcteur attend une annonce de plan. Que faire ? De plus, en commentaire, peut-on se permettre de critiquer la thèse de l’auteur d’après notre propre point de vue ou faut-il obligatoirement utiliser d’autres philosophes ? Merci.

    • Je découvre votre commentaire un peu tard, mais j’y réponds tout de même, bien que cela n’ait plus beaucoup de sens… Ce qui est absolument indispensable dans la dissertation, c’est d’énoncer la problématique. Et lorsqu’on l’énonce correctement, il est vrai qu’on peut se dispenser de l’annonce du plan, car la série de questions que l’on aura poser indiquer (si c’est bien fait) la structure du plan. Dans l’explication de texte, l’important, c’est qu’au final le plan du texte soit bien dégagé. Il n’y a pas une attente absolue d’avoir une annonce du plan dès l’introduction. Au bac, on accepte plusieurs méthodes possibles. Libre à chaque professeur ensuite de faire les recommandations pédagogiques qui lui semblent les plus pertinentes… Pour la discussion du texte, l’important est de souligner ce qu’il y a de problématique dans le texte. Si vous le faites par vous-mêmes, c’est déjà bien ! Le faire en vous aidant de vos connaissances philosophiques, c’est encore mieux.

  2. Bonjour Monsieur,
    Allez vous ajouter à votre site un cours sur le langage dans le programme TES ?
    Merci d’avance.

  3. Peut-on prendre partie dans sa copie ou du moins laisser fortement sous entendre notre point de vue ?

    Autre question, pouvons-nous qualifier Nietzsche de fasciste (les propos sous-entendusdans ses oeuvres sont me semble-il très dénigrant envers la masse populaire et ne défend et s’adresse qu’a une élite intellectuelle et artistique supérieure).

    • Bonjour,
      Non seulement vous pouvez prendre partie, mais il le faut : on vous demande de vous positionner et de ne pas simplement exposer des connaissances. Il faut donc défendre une idée, mais de manière argumentée et responsable, en ayant le sens de la nuance, le sens des problèmes qui se posent, en essayant de répondre aux critiques qu’on pourrait formuler à l’encontre de votre idée…

      Il est trop maladroit de qualifier Nietzsche de fasciste dans un devoir de philosophie. De manière générale, abstenez-vous de tout commentaire sur les auteurs en tant que tels. Cela ne signifie pas que vous devez vénérez les auteurs, mais seulement que vos remarques doivent exclusivement porter sur les idées et leur pertinence. De plus, il faut utiliser un vocabulaire précis et conceptuel, ce qui ne semble pas être le cas ici de votre emploi du terme “fasciste”.

  4. Bonjour, je troueve cela très gentil de prendre le temps de repondre aux questions des élèves, malheureusement tous les professeurs ne possèdent pas la même degré d’investissement surtout pour des sujets originaux à l’instar de la cuisine……

  5. Juste pour vous prévenir, que dans votre liste de sites sur la philosophie, le site de Lenuki est devenu un site dédié aux voitures, rires.

  6. Question d’élèves :
    Nous avons un exposé à faire sur la violence dans le football. Auriez-vous des pistes à nous indiquer ?

    Réponse :
    Une première idée serait que le football (comme les autres sports) est une forme d’expression “sublimée” de l’agressivité, qui permet finalement de la canaliser.
    – Je pense qu’il serait important d’envisager la perspective de Norbert Elias.
    Deux liens intéressants sur ce point :
    http://socio.ens-lyon.fr/agregation/corps/corps_fiche_eliasdunning.php
    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1976_num_2_6_3481
    – Vous pouvez utiliser la notion de sublimation chez Freud.
    Cf. cette explication ici (avec une application au sport) :
    http://ibahiyya.e-monsite.com/pages/archives-cours/cours-sur-le-bonheur/sublimation.html

    À l’opposé, on trouve des critiques de ce qu’est devenu le sport comme celles de Jean-Marie Brohm :
    – Quelques liens sur J.M. Brohm :
    http://blogs.mediapart.fr/blog/denis-collin/020413/un-article-de-jean-marie-brohm-le-spectacle-sportif-une-alienation-de-masse
    http://raumgegenzement.blogsport.de/2010/04/20/les-enjeux-de-la-critique-du-sport-entretien-avec-jean-marie-brohm/
    http://www.lefigaro.fr/debats/2006/07/14/01005-20060714ARTFIG90039-le_coup_de_boule_de_zidane_et_les_nouvelles_limites_de_la_violence_sportive.php
    – Plus récemment, il y a aussi les travaux de Luc Collard
    http://www.cemea.asso.fr/spip.php?article792

    Pensez également à faire un travail d’analyse de la notion de violence, et à distinguer plusieurs formes de violences (il y a l’agression physique (celle des sportifs, celle des supporters…), mais il y a aussi la question des injures racistes, du sexisme…).
    Pensez à utiliser le moteur de recherche que j’ai fait (qui ne recherche que sur des sites d’introduction à la philosophie) :
    http://www.google.com/cse?cx=005941353090358050370%3A-rxleq99qm0&ie=UTF-8&q=violence

    Bon courage pour votre travail !

    • Il me semble intéressant, pour répondre à cette question, d’utiliser ce que dit Bergson à propos du langage et des sentiments (cf. les textes ci-dessous).
      La thèse de Bergson est que notre vie intérieure est riche de nuances que le langage ordinaire ne peut pas saisir. Le langage fixe des termes en nombre fini pour désigner des sentiments (“l’amour”, “l’amitié”, …) alors que la vie affective est un flux continu, que l’on ne peut pas reconstituer avec une série de termes fixes aussi abstraits.
      Par conséquent, si on applique ce que dit Bergson à la question posée, on peut dire que, entre l’amitié et l’amour tels que le langage ordinaire les désigne, il y a certainement toute une variété possible de sentiments qui ne sont ni de l’amitié, ni de l’amour. Notez que la critique que Bergson fait du langage ne s’applique qu’au langage ordinaire. La littérature et l’art de manière générale sont au contraire capable, dit Bergson, d’exprimer toute la richesse et toutes les nuances de la vie affective. Il y a certainement un bon exemple dans la littérature (ou dans une autre forme d’art) de cette situation que vous décrivez (“plus que de l’amitié, sans que ce soit de l’amour”), mais je n’en ai pas en tête pour le moment. Affaire à suivre…

      Quelques textes de Bergson :

      « Chacun de nous a sa manière d’aimer et de haïr, et cet amour, cette haine, reflètent sa personnalité tout entière. Cependant le langage désigne ces états par les mêmes mots chez tous les hommes ; aussi n’a-t-il pu fixer que l’aspect objectif et impersonnel de l’amour, de la haine, et des mille sentiments qui agitent l’âme. Nous jugeons du talent d’un romancier à la puissance avec laquelle il tire du domaine public, où le langage les avait ainsi fait descendre, des sentiments et des idées auxquels il essaie de rendre, par une multiplicité de détails qui se juxtaposent, leur primitive et vivante individualité. Mais de même qu’on pourra intercaler indéfiniment des points entre deux positions d’un mobile sans jamais combler l’espace parcouru, ainsi, par cela seul que nous parlons, par cela seul que nous associons des idées les unes aux autres et que ces idées se juxtaposent au lieu de se pénétrer, nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent. »

      « Quand nous éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles »

      « [L]e mot aux contours bien arrêtés, le mot brutal, qui emma­gasine ce qu’il y a de stable, de commun et par conséquent d’impersonnel dans les impressions de l’humanité, écrase ou tout au moins recouvre les impres­sions délicates et fugitives de notre conscience individuelle. […] Nulle part cet écrasement de la conscience immédiate n’est aussi frappant que dans les phénomènes de sentiment. Un amour violent, une mélancolie profonde envahissent notre âme : ce sont mille éléments divers qui se fondent, qui se pénètrent, sans contours précis, sans la moindre tendance à s’extério­riser les uns par rapport aux autres ; leur originalité est à ce prix. Déjà ils se déforment quand nous démêlons dans leur masse confuse une multiplicité numérique […]. Tout à l’heure chacun d’eux empruntait une indéfinissable coloration au milieu où il était placé : le voici décoloré, et tout prêt à recevoir un nom »

      • Bonjour,

        L’exemple classique Montaigne — La Boétie n’illustre-t-il pas ce cas de figure, précisément ?

        « Au demeurant, ce que nous appellons ordinairement amis et amitiez, ce ne sont qu’accoinctances et familiaritez nouees par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos ames s’entretiennent. En l’amitié dequoy je parle, elles se meslent et confondent l’une en l’autre, d’un meslange si universel, qu’elles effacent, et ne retrouvent plus la cousture qui les a joinctes. Si on me presse de dire pourquoy je l’aymoys, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en respondant : Par ce que c’estoit luy, par ce que c’estoit moy. »

        L’extrait a également l’avantage de mettre en avant le glissement sémantique qui s’opère à travers les cultures et les époques (mais on remarque que le terme « ami » avait déjà perdu de sa force, selon Montaigne ; Facebook n’a rien inventé).

        Amitiés, justement,

    • Voici les conseils que je vous recommande de suivre pour la présentation d’un travail réalisé avec un traitement de texte :

      Polices
      – Choisissez une police de caractère dite “serif” ou “avec empattement” (type : Times New Roman, Garamond…). Les polices “sans serif” (ou “sans empattement”) sont plutôt destinées aux titres et à la lecture à l’écran.
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Empattement_(typographie)
      – Taille de police : 12pt.
      – N’utilisez ni le gras ni le soulignement. Réservez l’italique pour les titres d’ouvrages, les expressions latines (ou d’une autre langue) [lorsqu’on rédige son devoir à la main, on remplace l’italique par le soulignement].

      Paragraphes
      – Paragraphes justifiés (c’est-à-dire alignés sur le côté gauche et sur le côté droit).
      – Interlignes : 1,5.
      – ±1 cm d’alinéa à chaque début de paragraphe.

      Format de la page
      – Marges : 4 cm à droite, 1 cm pour le reste.
      – Imprimez en recto-verso de préférence

  7. Question 1 :
    Dans l’introduction, l’annonce du plan doit-elle être précise ? Faut-il annoncer les idées de chaque sous partie ?

    Réponse :
    Pour l’introduction, dans l’annonce du plan, il ne faut pas être trop précis (donc il ne faut pas annoncer pour chaque partie les idées de chaque sous-partie), mais il faut être suffisamment précis pour que l’on puisse comprendre : 1/ comment vous répondez à la question posée dans chaque partie, et 2/ comment votre plan est organisé (on doit voir la progression logique que vous suivez).
    En définitive, dans l’annonce du plan, pour chaque partie il faut annoncer l’idée directrice et ce sur quoi repose essentiellement votre argumentation, tout en faisant en sorte que la progression générale de votre développement soit la plus claire possible.

    Cette exigence sera plus claire, je l’espère, avec cet exemple d’annonce de plan (par une ancienne élève) sur le sujet “le bonheur dépend-il de nous ?”

    « Nous verrons tout d’abord que le bonheur semble dépendre de nous dans la mesure où le bonheur est une affaire privée, qui repose sur les préférences de l’individu, et sur les décisions prises pour satisfaire ces préférences. Mais notre bonheur peut être influencé par des paramètres extérieurs à nous, que nous ne maîtrisons pas : la société de consommation dans laquelle nous vivons façonne en partie notre conception de la vie heureuse et l’État joue un rôle déterminant dans l’accès à des conditions de vie favorables. Cependant, ne pouvons-nous parvenir à une forme de sérénité heureuse, en cherchant avant tout à maîtriser nos propres désirs, et à accepter la réalité ? »

    Question 2 :
    Lors des transitions entre des idées d’une même partie, cela doit-il se faire grâce à questions ou bien par une transition de 2-3 phrases ?

    Réponse :
    Les deux possibilités que vous évoquez sont possibles. Mais je vous recommande d’utiliser des questions pour relancer la machine de la pensée, car c’est ce qui correspond le plus à la nature de la démarche philosophique qui est avant tout une démarche de questionnement.

    • Dans l’introduction, il faut procéder ainsi :
      1er paragraphe
      1/ formulation d’une première réponse au sujet (justifiée à partir d’un début d’analyse du sujet),
      2/ formulation d’une contre-réponse (elle aussi justifiée à partir d’un début d’analyse du sujet),
      3/ reformulation de la question posée, afin de bien souligner l’alternative.
      2e paragraphe :
      Annonce du plan

      Par conséquent, il n’y a jamais à proprement parler de “citation du sujet” (ce n’est pas la peine : vous l’aurez marqué en titre de votre devoir). Ce qui s’en rapproche le plus, à la limite, c’est la reformulation de la question, mais celle-ci n’est ni un recopiage de la question, ni une simple reprise de la question avec d’autres mots, puisqu’il s’agit de souligner de manière synthétique l’alternative dégagée dans la réponse et la contre-réponse, afin de bien situer la tension essentielle qu’il s’agit de résoudre dans le développement.

  8. Dans la méthodologie de la dissertation, il est indiqué qu’il faut, dans la conclusion, ” montrer l’intérêt de notre cheminement “. Je ne comprends pas ce point.

    • Une fois que vous avez fait le récapitulatif de votre cheminement (qui correspond au rappel, de manière synthétique, de votre développement), il faut montrer à quoi il a abouti, c’est-à-dire qu’il faut apporter une réponse précise et claire à la question posée.

      Souligner l’intérêt de votre cheminement, c’est essayer de formuler en quelques phrases, ce que vous avez réussi à comprendre sur ce sujet, c’est essayer de dégager de manière synthétique ce qui fait la pertinence de votre réponse. Il s’agit donc surtout de bien montrer qu’il y a eu un progrès dans votre réflexion de la première partie à la dernière partie, et que réfléchir sur ce sujet a permis de saisir quelque chose d’important, d’intéressant.

      Reprenons l’exemple de conclusion (fait par une ancienne élève) que j’ai mis en ligne (le sujet était : “le bonheur dépend-il de nous ?”). Après le récapitulatif, cette élève écrit, dans le 2e paragraphe, ceci :

      « En définitive, dans la mesure où le bonheur dépend de la réalisation de ses désirs, à l’extérieur, dans le monde, il dépend nécessairement de facteurs que nous ne maîtrisons pas. Mais nous pouvons atteindre une forme de sérénité si nous parvenons à comprendre que le bonheur se trouve d’abord dans une réflexion sur nous-même et sur nos désirs. »

      .

      On a bien une réponse claire et précise à la question posée et l’élève souligne également bien l’intérêt du travail de réflexion qui a été fait sur ce sujet : au fond, ce qui est important, c’est de ne pas chercher le bonheur dans le monde extérieur, mais surtout en soi-même.

      Très souvent, d’ailleurs, il faudra faire appel à une distinction conceptuelle pour souligner l’intérêt de votre cheminement. Une manière de souligner la pertinence de votre cheminement est en effet d’essayer d’expliquer la différence entre votre point de départ (dans la première partie) et votre point d’arrivée (dans la dernière partie) : essayez d’utiliser une distinction conceptuelle pour formuler cette différence, afin de bien exprimer l’intérêt de ce passage de la première à la dernière partie.

  9. Question : « La cuisine peut-elle être considérée comme un art ? »

    Sur cette question il est intéressant de partir de ce que dit Kant de la cuisine.
    En gros, la position de Kant se résumerait ainsi. La cuisine est pour lui une technique pour produire des sensations agréables. Or (i) l’art n’est pas une simple technique, (ii) l’art ne se réduit pas à produire des sensations, et (iii) le plaisir esthétique pris à une œuvre d’art n’est pas le simple plaisir de l’agréable. Donc la cuisine n’est pas un art au sens propre (c’est un “art d’agrément” et non un des “beaux-arts”). Évaluons ces trois arguments.
    (i) La première critique de Kant manque certainement de pertinence : réduire la cuisine à de la technique, et évacuer la dimension de “création”, d’invention, n’est pas vraiment acceptable…
    (ii) La deuxième critique est déjà plus solide. L’idée est que la sensation est une sorte de donnée brute, qu’on ne peut pas vraiment analyser. Une œuvre d’art devrait au contraire avoir une sorte de “richesse intérieure”, qui nous invite à un regard, une écoute en profondeur. C’est la raison pour laquelle, d’après Kant, seuls les sens de la vue et de l’ouïe peuvent donner lieu à une forme d’art : on peut avoir une attitude de contemplation qui cherche à saisir la richesse intérieure, l’harmonie, la structure interne d’une peinture, d’une musique. Mais, dans le goût, l’odorat, le toucher, il n’y a pas de contemplation possible : ce sont des sens qui n’impliquent pas la distance nécessaire pour une attitude contemplative, et ce sont des sens qui produisent des sensations brutes, sans structure interne.
    Mais si cette deuxième critique est plus solide, on pourrait opposer à Kant le fait que le goût (pour ce qui se mange et se boit) peut être éduqué et que l’on peut apprendre à discerner finement des qualités que l’on ne perçoit pas facilement. D’autre part, dans un plat se jouent aussi des questions d’harmonie, de structure, de sorte qu’on n’en reste pas à une sensation brute, inanalysable.
    (iii) La troisième critique est la plus difficile à comprendre. Il y a plusieurs raisons, selon Kant, de distinguer l’agréable du plaisir esthétique (et l’explication de ces raisons devient vite technique). Que peut-on retenir ici ? On peut dire, en simplifiant, que le plaisir esthétique correspond à un éveil de la sensibilité, de la pensée, tandis que l’agréable nous ramène à nos propres préférences particulières et privées.
    Si on applique cette idée à la cuisine, on pourra certainement nuancer la critique de Kant. Il y a certainement un art culinaire qui parvient à éveiller la sensibilité de notre palais (mais je ne vois pas en quoi la cuisine pourrait parvenir à éveiller la pensée). Néanmoins jusqu’où la cuisine est-elle capable d’un tel éveil de la sensibilité ? La qualité d’un plat est-elle vraiment comparable à la puissance expressive d’une peinture, d’une musique ?

  10. Pour nourrir une dissertation, et obtenir une “bonne note”, est t-il nécessaire de consulter des ouvrages, des revues, pour nourrir et imager son propos? Ou le cours suffit-il?

    • Le plus important, c’est d’être capable : de problématiser, d’argumenter, de conceptualiser. Il faut donc avant tout travailler ce point. Mais vous avez raison, il faut aussi être capable de nourrir sa réflexion à partir de connaissances, de références, d’analyses, d’exemples.

      Le cours de philosophie vise à développer ces deux points : il cherche à vous apprendre à problématiser, à argumenter, à conceptualiser, tout en vous donnant une “culture philosophique initiale”.
      Pour faire une bonne dissertation, travailler le cours suffirait (et il y a déjà beaucoup à faire simplement avec le cours).
      En terminale, le programme n’est pas un programme d’histoire de la philosophie, un correcteur n’attend donc pas de vous que vous ayez lu les ouvrages principaux de l’histoire de la philosophie.

      Mais si le cours est suffisant, les lectures complémentaires sont toujours un “plus” pour susciter votre questionnement, et approfondir vos connaissances ! Il y a de plus deux raisons spécifiques qui peuvent vous inciter à faire des lectures complémentaires :

      1/ La première est purement pragmatique : si vous vous orientez vers un cursus post-bac qui inclut de la philosophie, ou bien repose sur une exigence très forte en matière de “culture générale” (Prépas littéraires, prépas commerce, prépas scientifiques, Sciences-Po…), alors il est vivement recommandé d’aller déjà plus loin et de suivre les conseils de lecture que je vous donne en cours et à chaque fin de chapitre (dans le “plan de travail”).

      2/ la deuxième est d’ordre plus personnel : si vous avez un sujet qui vous intéresse, qui vous titille, vous aurez certainement envie d’aller plus loin sur le sujet. N’hésitez pas à venir me voir pour me demander un conseil de lecture, ou bien tout simplement pour en discuter. Et bien sûr, si vous êtes déjà un peu curieux, sans avoir de sujet spécifique qui vous intéresse pour le moment, n’hésitez pas à parcourir une revue comme “Philosophie Magazine”, ou bien à parcourir l’un des ouvrages indiqués dans les “plans de travail” que je vous donne en fin de chapitre.

    • Il n’y a aucune obligation à mettre des citations dans votre développement. En revanche, il est nécessaire d’utiliser des références philosophiques dans votre développement.

      Il faut donc préciser le sens des termes employés ici. Par citation, j’entends un passage précis et court d’un texte philosophique, alors que par référence philosophique, j’entends la référence à une idée, à un argument, à un exemple… d’un auteur.

      Ce qui est important, c’est l’idée, l’argument, l’exemple en question, pas la manière précise dont cette idée, cet argument, cet exemple ont été formulés par l’auteur. Donc si vous ne retenez pas une citation exacte, ce n’est pas important. Il faut surtout être capable d’expliquer et d’utiliser le contenu de l’idée, de l’argument, de l’exemple.

      Mais attention, si je dis qu’il n’est pas nécessaire de mettre des citations, mettons-nous d’accord sur deux points :
      1/ cela ne veut pas dire qu’il est interdit de mettre des citations.
      Il est parfois utile de retenir quelques petites citations qui expriment de manière précise et nette une idée. Certaines formules ont un côté un peu “choc” ou bien “lumineux”, ce qui fait qu’on peut les retenir plus facilement et qu’elles constituent un bon point de départ pour une analyse plus approfondie. Par exemple, dans le texte de Mill, il serait intéressant (mais pas nécessaire) de retenir l’expression : “il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait”.
      2/ Cela ne veut pas dire qu’on a le droit de n’utiliser aucune référence philosophique.
      Il faut utiliser des références philosophiques dans votre devoir afin d’approfondir votre réflexion. Le programme de philosophie en terminale précise bien qu’il s’agit de “favoriser l’accès de chaque élève à l’exercice réfléchi du jugement” (le plus important c’est donc bien de construire sa propre réflexion personnelle), mais le programme précise aussi qu’il s’agit d’“offrir une culture philosophique initiale”. Et l’on attend donc de vous que vous sachiez utiliser cette culture philosophique initiale dans vos devoirs.
      Par ailleurs cette culture philosophique initiale ne se réduit pas aux idées, arguments, exemples d’auteurs vus en cours. Il faut aussi réussir à s’approprier et à utiliser les distinctions conceptuelles, les arguments, les exemples… que nous avons vus en cours, même si nous ne les avons pas rapportés à la pensée d’un auteur en particulier.

    • Les seules exigences absolues dans la construction d’un plan sont celles vues dans la fiche méthode :
      1/ Dans chaque partie, il faut répondre à la question posée.
      2/ D’une partie à une autre, il faut progresser dans votre réflexion.

      Du coup, il n’est pas impossible de faire un plan qui aille toujours dans le sens d’un même type de réponse (oui ou non comme vous le dites), mais qui progresse en envisageant des raisons de plus en plus fortes et pertinentes de défendre une même réponse.

      Prenons un exemple de sujet : “Le bonheur est-il une somme de plaisirs ?”. On pourrait avoir le plan suivant :
      I – Le bonheur ne peut consister à simplement accumuler des plaisirs, car les plaisirs sont trop éphémères et superficiels pour nous faire parvenir à un état de plénitude.
      Pistes pour développer cette idée : Platon, le tonneau percé ; Pascal, le divertissement.
      II – Le plaisir n’est pas nécessairement un état éphémère et superficiel. Le bonheur peut se trouver dans le plaisir d’exister, qui est un plaisir durable et profond, qui n’est toutefois pas à chercher dans l’accumulation de satisfactions, mais simplement dans une vie focalisée sur ce qui est véritablement essentiel pour nous.
      Pistes pour développer cette idée : l’épicurisme.
      III – Faut-il nécessairement ramener le bonheur à l’expérience du plaisir ? Le bonheur ne se trouve-t-il pas plutôt dans la joie d’être vraiment soi-même ? Le bonheur n’est pas une somme d’expériences agréables disparates, il est l’affirmation d’un sens global de sa vie.
      Pistes pour développer cette idée : Bergson, le bonheur comme création de soi par soi.

      Vous voyez que dans ce plan, on répond toujours : “Non, le bonheur n’est pas une somme de plaisirs”, mais qu’il y a bel et bien un progrès dans la réflexion d’une partie à une autre.

      Il n’est donc pas absolument nécessaire d’envisager “à la fois le oui et le non”.
      Mais il faut avoir conscience qu’il n’est pas évident de faire un plan comme celui proposé en exemple ci-dessus. De plus, on risque de perdre de vue certains aspects importants du sujet si on se focalise sur un seul type de réponse. Donc il faut tout de même se méfier de ce type de plan et bien être sûr qu’il y a véritablement une progression et qu’elle est pertinente.

    • L’important, c’est de ne jamais en rester à une vague évocation, en supposant que le professeur sait de quoi vous parlez.
      C’est pour cette raison que je vous conseille de rédiger en imaginant que vous écrivez non pas à un professeur de philosophie, mais à une personne qui n’a aucune connaissance en philosophie : cela doit vous forcer à être le plus explicite possible, et à expliquer du coup la référence que vous utilisez, pour qu’on puisse la comprendre simplement en lisant ce que vous avez écrit.

      Mais il faut bien faire attention à rester dans le sujet. La référence ne doit pas simplement être mentionnée pour montrer votre culture philosophique. Il faut l’utiliser pour répondre au sujet. Cela suppose qu’il ne faut pas tout développer : certains détails de votre référence n’auront peut-être aucun rapport avec le sujet et dans ce cas-là cela ne sert à rien d’en parler.
      Par exemple, prenons le sujet : “Faut-il maîtriser ses désirs pour être heureux ?”. Imaginons une partie où l’on cherche à montrer qu’il faut maîtriser ses désirs pour ne pas être sous l’emprise de pulsions qui se révèleraient finalement mauvaises pour nous. Dans cette partie, on pourrait utiliser l’épicurisme pour aller plus loin dans l’analyse. Mais il ne faudra pas utiliser tout ce qu’on a vu en cours à propos de l’épicurisme : notamment, ici, le remède d’Epicure contre la crainte des dieux, ou le remède d’Epicure contre la crainte de la mort, ne seront vraisemblablement d’aucune aide. En revanche, on pourra utiliser avec profit la classification des désirs d’Epicure, en faisant bien le lien avec le sujet (afin de montrer qu’il faut maîtriser ses désirs pour pouvoir se focaliser sur les désirs les plus essentiels à notre nature d’être humain).

  11. Dans une dissertation, la dernière partie doit-elle être celle que l’on défend dans la conclusion? Et doit on clairement prendre partie dans la conclusion?

    • 1/ “Dans une dissertation, la dernière partie doit-elle être celle que l’on défend dans la conclusion ?”

      D’une partie à une autre, il doit y avoir une progression dans votre réflexion. Par conséquent, l’idée que vous défendez dans la dernière partie doit être l’idée la plus riche, la plus profonde, la plus pertinente.
      Du coup, en conclusion, votre réponse finale doit correspondre à l’idée que vous défendez dans la dernière partie (sinon cela veut dire que vous revenez à une idée moins aboutie, moins pertinente).

      2/ “Doit on clairement prendre partie dans la conclusion ?”
      Oui, il faut absolument prendre position et vous engager dans la défense d’une idée. Cela implique notamment de ne pas terminer pas votre devoir par l’affirmation que “tout est relatif”, que “ça dépend de chacun”, ou bien que “pour les uns c’est ainsi, alors que pour les autres c’est comme cela” (ce serait refuser de prendre position, alors qu’on vous demande de prendre position).
      L’exigence de prendre position vous impose de vous engager intellectuellement : il ne s’agit pas juste de parler, de manière extérieure, des différentes réponses possibles. A vous d’essayer de déterminer quelle est la réponse qui vous semble la plus pertinente.
      Mais attention, il ne s’agit pas simplement de donner son opinion (évitez la formulation “moi je pense que….”, qui en reste à la formulation d’un avis personnel, sans fondement objectif). Vous devez arriver à un jugement qui souligne, de la manière la plus objective possible, l’intérêt de la réponse à laquelle vous avez abouti à l’issue de votre réflexion sur le sujet.

    • Il serait difficile de dire qu’il faut exactement tant d’exemples par parties. Disons qu’il faut au minimum analyser un exemple précis par partie pour montrer les applications concrètes de votre réflexion, et qu’il faut donner un exemple à chaque fois que vous formulez une idée complexe (parce qu’on aura besoin alors d’une illustration pour bien comprendre l’idée). N’hésitez pas également à utiliser des exemples (courts cette fois-ci) lorsque vous construisez une distinction conceptuelle (dans le cours, on était parti de la distinction entre “avoir faim” et “manger un bonbon” pour construire la distinction entre le besoin et l’envie).

  12. Question :
    “Dans votre cours, il est écrit que le bonheur est un état de satisfaction durable. Pourtant on peut bien être ou avoir été heureux simplement pendant un moment de sa vie !”

    Réponse :
    Le problème, c’est que “durable” est un terme un peu ambigu, puisqu’il désigne tant ce qui est susceptible de durer longtemps que ce qui dure effectivement longtemps. J’utilise ici plutôt le premier sens : le bonheur n’implique pas *en lui-même* une limite de temps (même s’il est possible qu’effectivement il ne dure pas longtemps), à la différence du plaisir qui implique en lui-même une limite de temps (le plaisir est nécessairement éphémère : le plaisir de manger du chocolat ne dure qu’un moment).
    Vous avez donc raison de dire qu’il est possible de n’être heureux que pendant un court moment, mais cela ne remet pas en question le caractère durable du bonheur, puisque cette idée ne signifie pas que le bonheur dure nécessairement longtemps, mais simplement que le bonheur est en lui-même une satisfaction qui est susceptible de durer longtemps.

  13. Question d’un-e élève :
    “Je me prépare à un Concours, et je dois travailler à l’avance des notions que nous n’allons pas voir tout de suite en cours. Pouvez-vous m’envoyer votre cours sur ces notions ?”

    Réponse :
    Je mets en ligne une grande partie de mes cours. Vous pouvez donc consulter mes cours des années précédentes (cf. surtout le blog de l’année 2012-2013, et la prise de notes de l’une de mes anciennes élèves (2010-2011)).
    Venez me voir pour que je vous éclaire sur les points qui resteront obscurs après lecture de ces cours, ou bien envoyez-moi un mail (ou posez une question sur cette page).

  14. Question d’un-e élève :
    “Quand on écrit plus petit, est-ce qu’il faut faire 6-8 pages quand même ?”

    Réponse :
    “Faire 6-8 pages” est une indication effectivement vague, étant donnée la diversité des écritures. Il ne s’agit pas de remplir des pages, pour remplir des pages, et donc d’écrire plus gros pour espérer faire un certain nombre de pages…
    Il vaudrait mieux penser en terme de “nombre de mots”, mais surtout il faut bien comprendre le sens de cette exigence.
    Faire 6-8 pages signifie surtout qu’il faut se donner assez de “place” pour pouvoir développer sa pensée. Je viens de dire qu’il ne faut pas remplir des pages pour remplir des pages, cela veut dire qu’il faut approfondir sa pensée au maximum.
    Un devoir qui ne fait que 2-3 pages ne peut pas être un devoir précis dans l’argumentation et dans l’analyse, et même s’il y a quelques bonnes intuitions, cela ne suffira pas à en faire un bon devoir.
    Il est certain que l’exigence de “faire 6-8 pages” paraît difficile au tout début, et qu’on peut avoir l’impression de n’avoir plus rien à dire… mais c’est justement ce que vous allez apprendre à faire : apprendre à développer votre pensée, et nous verrons précisément comment il est possible d’aller plus loin dans sa réflexion.

  15. Question d’un-e élève :
    “Va-t-on parler du bouddhisme dans le cours sur le bonheur ?”

    Réponse :
    Je n’ai pas une connaissance assez précise du bouddhisme pour pouvoir en parler en cours. Il semble que le bouddhisme représente effectivement une voie intéressante pour penser la question du rapport entre le bonheur et le désir. L’interprétation que l’on entend le plus souvent (à prendre avec précaution si on n’a pas lu tous les textes importants) fait du bouddhisme une voie d’accès au bonheur qui reposerait sur la négation du désir.
    C’est cette idée que l’on retrouve par exemple dans ce que l’on appelle les “quatre nobles vérités” du bouddhisme.
    Cf. cet extrait d’un des sermons de Bouddha (Dhammacakkappavattana Sutta) :

    « Voici ô moines, la Vérité Noble dite dukkha (le terme signifie “souffrance”, “insatisfaction”, “tension”): La naissance est dukkha, la vieillesse est aussi dukkha, la maladie est aussi dukkha, la mort est aussi dukkha, être uni à ce que l’on n’aime pas est dukkha, être séparé de ce que l’on aime est dukkha, ne pas obtenir ce que l’on désire est aussi dukkha. En résumé, les cinq agrégats d’attachement sont dukkha.
    Voici, ô moines, la Vérité Noble dite la cause du dukkha: C’est cette “soif” qui produit la ré-existence et le re-devenir, qui est liée à une avidité passionnée et qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, c’est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l’existence et du devenir et la soif de la nonexistence.
    Voici, ô moines, la Vérité Noble dite la cessation du dukkha: C’est la cessation complète de cette ” soif”, la délaisser, y renoncer, s’en libérer, s’en débarrasser. » (source)

    N’hésitez pas à ajouter des pistes de réflexion si le sujet vous intéresse !

  16. Question d’un-e élève :
    “Va-t-on étudier le philosophe Nietzsche cette année ?”

    Réponse :
    Le programme de philosophie n’est pas un programme d’auteurs, mais Nietzsche a une pensée importante et tout à fait pertinente, notamment sur la morale, la conscience, la vérité, l’art… Nous retrouverons donc la pensée de Nietzsche lorsque nous traiterons ces notions du programme, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une étude de Nietzsche, en tant qu’auteur.

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