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Vos questions

Vous pouvez poser ici vos questions, faire vos remarques. N’oubliez pas que, même sur le web, il faut s’efforcer d’écrire de manière la plus correcte possible.

Vous retrouverez également ici, sous une forme anonymée, les questions qui m’ont été posées en cours ou par mail, afin que chacun puisse profiter de la réponse que j’ai essayé de donner à l’élève en question.

Afin de pouvoir retrouver plus facilement les discussions “du moment”, les questions les plus récentes s’affichent en premier.

28 commentaires

  1. Morgane.B

    Quel est le lien entre les vanités et le bonheur?

    • Nous avons étudié les vanités dans l’art dans le cadre du cours sur la notion de divertissement selon Pascal.
      Les vanités illustrent le fait que nous sommes tous soumis au temps, à la mort (d’où la présence du crâne, du sablier, de la bougie, ou d’autres symboles du même genre). On a également dans certaines vanités l’idée que nous avons tendance à masquer le tragique de l’existence derrière des activités qui ne sont là que pour nous occuper et éviter de penser au temps, à la mort.
      Voici donc le lien entre les vanités et le bonheur : si nous sommes soumis au tragique de l’existence, il semble difficile de parvenir à un bonheur véritable. Nous ne faisons le plus souvent que nous détourner de manière illusoire du tragique de l’existence, en nous divertissant, ce qui ne constitue pas un réel bonheur.

  2. M.B.

    En quoi “Le Cercle des Poètes Disparus” est-il une bonne illustration d’une exigence supérieure à la simple idée d’un bonheur trouvé dans la satisfaction de nos désirs ?

    • Il faut revenir à la progression logique que nous avons suivie dans le cours.
      1/ Tout d’abord, nous avons critiqué l’idée que le bonheur consiste simplement à satisfaire nos désirs. Par exemple, l’homme qui compte des brins d’herbe satisfait son unique désir, il est toujours dans un état de plénitude, mais est-ce vraiment ainsi que nous pouvons nous représenter ce qu’est une vie heureuse ?
      2/ Par conséquent, la vie heureuse exige plus qu’une simple satisfaction des désirs. Nous ne voulons pas simplement vivre une vie pleine de satisfaction, nous voulons vivre une vie riche et pleine de sens. Avec J.S.Mill, nous avons vu que cela signifiait vivre une vie fondée sur des capacités proprement humaines (avoir une vie intellectuelle, affective et sociale riche).
      3/ Avec le film Le Cercle des Poètes Disparus, nous avons précisé cette idée. Vivre une vie riche, ce n’est pas simplement chercher à développer ses propres capacités humaines. L’école prestigieuse qui forme le lieu principal de l’intrigue du film se donne justement comme objectif de développer l’excellence, mais ce n’est pas suffisant. Il faut savoir qui je suis, il ne faut pas simplement suivre un modèle d’excellence déjà tracée. D’où notre travail sur le personnage de Neil Perry, qui est en quête d’une vie intense à travers sa passion pour le théâtre, alors que son père voudrait qu’il arrête ce qui ne lui semble être qu’un passe-temps absurde qui le détourne, selon lui, de l’étude sérieuse dans cette école. Le père de Neil Perry veut imposer à son fils un modèle d’excellence (tu seras médecin) et il s’est sacrifié pour cela. Mais Neil Perry ne peut vivre ainsi et il est en quête d’une vie authentique qui correspondrait véritablement à ce qu’il est.
      Le Cercle des poètes disparus est donc une bonne illustration de l’exigence de vivre une vie riche et intense, mais ce film a permis également de comprendre que la vie heureuse ne peut être qu’une vie authentique.

  3. L.c

    Quel est le rapport entre le despotisme et le fait que les individus sont centres sur leurs vies privées ?

    • Il y a un rapport entre le despotisme doux et l’individualisme des sociétés démocratiques, car le despotisme doux est une forme de despotisme qui peut naître dans des sociétés individualistes. Mais attention, n’oublie pas de parler de despotisme DOUX, car le despotisme ordinaire (qui est fondé sur la violence, la force, la terreur) existe avant les sociétés démocratiques (et les sociétés démocratiques s’opposent à cette forme de despotisme).

      Quand les individus sont centrés sur leurs vies privées, ils ont tendance à ne penser qu’au bonheur et à la sécurité de leur propre existence.
      Cette focalisation sur la vie privée conduit ainsi à délaisser la sphère publique et à ne pas imaginer d’autre monde possible que celui dans lequel on vit et dans lequel on peut obtenir de petites satisfactions régulières. Une forme nouvelle de pouvoir peut alors se développer qui cherchera à renforcer l’individualisme, la focalisation sur la vie privée, en procurant des satisfactions pour que les individus ne se révoltent pas contre ce type de pouvoir.
      C’est justement cela qu’on appelle le despotisme doux (regarde plus bas ma réponse à Julia pour des précisions sur ce point).

  4. L.F

    D’après Mill, qu’est-ce qui différencie les satisfactions basses/inférieures des satisfactions nobles/supérieures ?

    • Pour J.S. Mill, les satisfactions nobles ou supérieures sont celles qui ont impliqué des capacités proprement humaines.

      Dans le texte étudié en classe, J.S. Mill se focalise surtout sur la capacité à réfléchir (d’où la formule : « Il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait »), mais nous avions également dégagé d’autres capacités proprement humaines : la capacité à vivre une vie affective riche et complexe, la capacité à avoir un rapport authentique et profond avec les autres.

      C’est pourquoi nous avons dit que la vie d’un petit porc choyé par des enfants qui en prendraient soin serait certes une vie pleine de satisfactions, mais manquerait de ce qui fait toute la saveur et la richesse de la vie humaine !

  5. Mélissa A.

    Le stoïcisme ne s’apparente-t-il pas à de l’insensibilité ? Un stoïcien ne doit pas laisser ses émotions le contrôler : mais ne peut-il pas rire ou pleurer avec les autres ?

    • C’est une excellente question qui force à analyser plus subtilement cette référence au stoïcisme que nous avons faite en cours.

      L’image du roc peut en effet être mal comprise, de même que le terme d’apathie. Ils peuvent donner l’impression que le sage stoïcien serait de pierre, serait froid, qu’il n’aurait pas d’émotion, et qu’il serait donc insensible.

      Dans le cours, il y a un début de réponse à ta question. Cf. la diapo 4 du II.B. « L’apathie n’est pas l’absence de réaction ou l’absence d’émotion. Elle désigne simplement le fait de ne pas se laisser guider par ses émotions, afin de ne pas être le jouet des forces extérieures et l’esclave de ses affects. »

      On peut préciser cette idée en revenant aux stoïciens eux-mêmes. Voici ce qu’écrit Sénèque : « Aucune des émotions qui frappent l’esprit fortuitement ne doit être appelée une passion : celles-là, pour ainsi dire, l’esprit les subit plutôt qu’il ne les crée. Donc la passion consiste non pas à être ému par la représentation des choses, mais à s’y abandonner et à suivre ce mouvement fortuit. » (De la colère, II, 3)

      On a ici une distinction entre la simple émotion et la passion : le sage stoïcien peut avoir des émotions, mais il ne se laissera pas aller, il ne s’abandonnera pas à ses émotions, et c’est en cela que consiste la passion. La passion est une “impulsion violente et débridée” (Plutarque, Sur la vertu morale, 9, 449c)

      Mais il faut revenir à la suite de ton questionnement : un stoïcien ira-t-il jusqu’à rire ou pleurer avec les autres ?
      Sur la question du rire, je n’ai pas de souvenir de textes précis de stoïciens qui auraient évoquer la question. Le rire moqueur est contraire à l’esprit du stoïcisme, c’est certain, mais pour le reste, je vais voir si je peux te faire une réponse plus précise.
      Sur le fait de pleurer avec les autres, il faut noter que les stoïciens intègrent la “pitié” dans les passions (on trouve ainsi cette liste de passions qui peut sembler étrange : “la méchanceté, l’envie, la jalousie, la pitié, le chagrin, …” (SVF III, 394)). Par conséquent, s’abandonner aux pleurs avec quelqu’un n’est pas dans l’esprit du stoïcisme. C’est vrai que cela fait du sage stoïcien un être qui peut paraître froid et insensible… Là aussi, je vais essayer de te trouver une réponse plus précise et fine.

      • Une précision : l’apathie n’est pas l’indifférence : la critique de la pitié s’accompagne d’une défense vigoureuse d’un devoir de porter secours aux autres.

        Cf. notamment ce texte de Sénèque (De la clémence, II, 5-6) : « Le sage n’a donc point cette compassion, qui n’est qu’une malheureuse passivité de l’âme; mais tout ce que font d’ordinaire les compatissants, il le fera de lui-même, et dans un autre esprit. Il consolera ceux qui pleurent, sans pleurer avec eux ; il tendra la main au naufragé, donnera l’hospitalité au proscrit et l’aumône au nécessiteux, non cette aumône humiliante que la plupart de ceux qui veulent passer pour compatissants jettent avec dédain à ceux qu’ils assistent et qu’ils craindraient même de toucher; il donnera ce que l’homme doit à l’homme sur le patrimoine commun. Il rendra le fils aux larmes de la mère, il fera détacher ses fers, il le retirera de l’arène, il donnera même la sépulture au criminel; mais dans tous ses actes il sera calme d’esprit et de visage. Ainsi le sage ne s’apitoiera pas; il secourra, il obligera, lui né pour aider ses semblables et travailler au bien public dont il offre à chacun sa part. »

  6. Anonyme

    Que veut dire John Stuart Mill ?

    • Dans le cours III.A, John Stuart Mill critique l’idée que l’on pourrait définir le bonheur simplement comme une vie pleine de satisfaction. Ce que nous désirons vraiment, ce n’est pas seulement la satisfaction : « il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait ». Nous voulons une vie pleine de sens, et non pas simplement pleine de satisfaction.

  7. M.B

    Quelle est la théorie de Nietzsche ? En quoi est -elle différente de celle de Guyau ?

    • On peut exprimer cette différence en reprenant ce que nous avons noté dans la fiche de révision : Nietzsche dit que la morale prend souvent la forme d’une négation de soi, tandis que Guyau dit que la morale est une affirmation de soi.

      Dire que la morale est une négation de soi, c’est concevoir le devoir moral comme un sacrifice qui m’impose de renier mes désirs. La morale est conçue comme austère et s’oppose à tout ce qui me rend vivant.
      Attention, quand Nietzsche dit cela, il ne défend pas l’austérité et ne dit pas qu’il faut renier à soi pour être vertueux. Au contraire, Nietzsche critique la morale ordinaire en la décrivant comme une négation de soi.

      Dire que la morale est une affirmation de soi, c’est au contraire dire que l’élan moral nous ouvre aux autres de manière joyeuse et nous rend plus vivant. Dans la solidarité avec les autres, nous nous sentons plus puissants. Guyau défend cette conception en un sens “positif” de la morale.

  8. J.J

    Une vie riche et pleine de sens ne peut-elle pas être une forme de bonheur ? Le bonheur est-il forcément un état de plénitude ?

    • C’est justement ce que nous avons essayé de montrer dans le III.A. : le but était de critiquer l’idée que l’on peut caractériser le bonheur simplement comme un sentiment paisible de plénitude.
      Nous avons critiqué un certain idéal de bonheur (le bonheur comme vie pleine de satisfaction) et nous l’avons remplacé par un autre idéal de bonheur (le bonheur comme vie pleine de sens).

  9. L..C

    Le fait que le Bonheur soit une image vague et confuse que l’on ne peut définir précisément signifie-t-il forcement que nous ne savons pas vraiment ce que nous désirons ? Pourquoi ?

    • J’ai l’impression que ta question repose sur le fait qu’il y a peut-être deux sens de l’expression “ne pas savoir ce que nous désirons”.

      Cette expression pourrait signifier qu’il existe des désirs dont nous n’avons pas conscience, des désirs inconscients que nous aurions sans savoir que nous les avons. Nous analyserons cette idée dans le cours sur l’inconscient, puisqu’il est question avec Freud de cette possibilité de pulsions inconscientes.
      Si c’est le sens que tu avais en tête, alors effectivement il n’y a pas de lien entre l’idée que le bonheur est une image vague et confuse, et cette idée de désirs inconscients.

      Mais nous avons employé cette expression en un autre sens. Dans le cours, l’idée est que ce que nous désirons vraiment dans notre existence, c’est le bonheur. Le bonheur semble désigner l’idéal que nous recherchons dans notre vie, c’est-à-dire ce que nous désirons le plus. Au fond, que désirons-nous vraiment dans notre existence ? Être heureux !
      Par conséquent, si nous ne savons pas ce qu’est le bonheur, cela veut dire que nous ne savons pas ce que nous désirons vraiment.
      L’argument ne cherche pas à prouver qu’il existe des désirs inconscients, mais simplement que nous ne savons pas vraiment préciser le but que pourtant nous recherchons tous. Nous voulons tous être heureux, mais finalement la notion de bonheur est très vague et confuse.

  10. L.R

    Dans quelle mesures pouvons nous dire que le despotisme doux est un frein au bonheur alors qu’il nous apporte une sécurité qui nous permet de vivre en étant satisfaits ?

    • Attention, le despotisme doux n’est pas un frein au bonheur. Au contraire, comme tu le dis, il cherche à faire en sorte que les individus soient heureux dans leur vie privée.
      Le despotisme doux est en quelque sorte plutôt un “frein à la liberté”, mais cette expression est un peu maladroite.
      Regarde ma réponse à Julia pour une précision sur ce point.

  11. Il y a forcément des points qui manquent encore de clarté dans le chapitre 1 que nous avons fait ensemble en classe. Merci de formuler ci-dessous votre question.

    • Julia

      Qu’est-ce que le despotisme / despotisme doux ?

      • Dans ma réponse à Justine, j’ai répondu à la question de savoir ce qu’est le despotisme.
        Reste à préciser davantage la nature du “despotisme doux”.
        L’idée est tout d’abord qu’on va retrouver deux aspects du despotisme dans le despotisme doux :
        1/ C’est un pouvoir qui va limiter et restreindre les droits et libertés des individus.
        2/ C’est un pouvoir qui va tendre à des abus et à des excès, sans véritable possibilité de contrôle et d’opposition.
        La différence entre le despotisme ordinaire et le despotisme doux tient à la manière de réaliser ce pouvoir : le despotisme ordinaire est fondé sur l’usage de la violence, de la force, de la terreur, tandis que le despotisme doux est fondé sur la satisfaction des désirs des individus pour que les individus ne pensent qu’à leur bonheur dans leur vie privée.
        Si les individus ne pensent qu’à leur bonheur dans leur vie privée :
        1/ ils vont peu à peu préférer la défense de leur bonheur à la défense de la liberté.
        2/ Ils vont délaisser la sphère publique et laisser le pouvoir se développer de manière abusive et excessive.

    • Justine

      – Qu’est-ce que le despotisme ? En quoi consiste-t-il?

      • Pour mieux comprendre la nature du despotisme, on peut noter qu’il y a d’abord une contradiction apparente dans l’idée d’un despotisme qui pourrait naître dans une démocratie. L’expression “despotisme démocratique” sonne comme une oxymore.
        Réfléchissons à cette opposition entre despotisme et démocratie.
        1/ Tout d’abord, la démocratie est un système qui cherche à défendre les droits et libertés des individus, tandis que le despotisme cherche à limiter, à restreindre les droits et libertés des individus (le despote aura tendance à réduire la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de mouvement, la liberté de réunion, …)
        2/ Dans une démocratie, le pouvoir est contrôlé (il y a des règles qui limitent ce qu’un pouvoir peut faire et le pouvoir est soumis à des élections, à des contestations dans l’espace public, …). Au contraire, dans le despotisme, le pouvoir n’est pas contrôlé, le despote peut abuser de son pouvoir, peut l’utiliser de manière excessive, sans rencontrer de véritable opposition (et s’il y en a une, il cherchera à l’éteindre par la force, la violence, la terreur).
        Voilà donc ce qu’est le despotisme… Reste à comprendre alors ce qu’est un “despotisme doux” et comment un tel despotisme peut naître dans une démocratie, alors que le despotisme semble être le contraire absolu de la démocratie.

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