Homère – L’Iliade – Un univers lumineux et sonore

Ce qui m’a frappé à la lecture de l’Iliade, c’est d’abord la puissance sonore et lumineuse de ce texte. Nous sommes dans un univers où même les dieux rient [1] et crient [2], et parmi les dieux, Zeus, maître du tonnerre et de l’éclair [3], est le paragon de cette association de l’éclat de lumière et du fracas sonore. Les héros, la bataille des hommes, les armes produisent eux aussi le même effet conjugué. Le casque est éblouissant, le bouclier resplendit d’un feu vivace, les rênes d’ivoire luisent [4]. L’arc crisse, la corde sonne, les boucliers résonnent [5]. Les guerriers crient pour s’exhorter au combat [6], hurlent dans la bataille [7] et quand le noir trépas les enveloppe, ils tombent avec fracas, laissant derrière eux un dernier éclat [8], avant de sombrer dans l’ombre de la mort [9]. Lorsque la nuit tombe enfin sur le champ de combat, c’est au tour des étoiles d’éclater, tandis que les feux des hommes brillent encore [10].

Notes

[1] Cf. le fameux rire homérique qui tire sa source du passage suivant : « Et brusquement, un rire inextinguible jaillit parmi les Bienheureux, à la vue d’Héphæstos s’affairant par la salle » (Chant I, 599-600)

[2] « C’est là que Diomède l’atteint et le blesse ; il déchire la belle peau, puis ramène l’arme. Arès de bronze alors pousse un cri, pareil à celui que lancent au combat neuf ou dix mille hommes engagés dans la lutte guerrière. Et un frisson saisit Troyens et Achéens, pris de peur : tant a crié Arès insatiable de guerre ! » (Chant V, 858-863)

[3] « Alors Zeus, du haut de l’Ida, fait entendre un fracas terrible et dépêche une lueur flamboyante vers l’armée des Achéens. » (Chant VIII, 75-76). « Il [le Père des Dieux] tonne donc de terrible façon et lance la foudre blanche ; il en frappe le sol devant le char de Diomède. Une flamme jaillit, terrible, dans l’odeur du soufre brûlé. » (Chant VIII, 133-135)

[4] « Lui-même [Agamemnon] a revêtu le bronze éblouissant. Il éclate d’orgueil et se fait remarquer, entre tous les héros, à la fois comme le plus brave et comme le meneur du plus grand nombre d’hommes. » (Chant II, 578-580). « Sur son casque et son bouclier elle allume un feu vivace. On dirait l’astre de l’arrière-saison, qui resplendit d’un éclat sans rival, quand il sort de son bain dans les eaux de l’Océan. » (Chant V, 4-6). « les rênes luisantes d’ivoire tombent de ses mains sur le sol, dans la poussière » (Chant V, 582-583). « Cependant Ajax s’arme du bronze éblouissant, et, une fois le corps tout vêtu de ses armes, il bondit » (Chant VII, 206-208). « Cet écu scintillant » (Chant VII, 222). « Le grand Hector au casque étincelant » (Chant VII, 233)

[5] « les flèches sonnent sur l’épaule du dieu courroucé, au moment où il s’ébranle et s’en va, pareil à la nuit. Il vient se poster à l’écart des nefs, puis lance son trait. Un son terrible jaillit de l’arc d’argent. » (Chant I, 46-49). « Le grand arc tendu prend forme de cercle. Soudain il crisse, la corde sonne bruyamment, et la flèche aiguë s’élance, ardente à voler vers la masse. » (Chant IV, 124-126). « Il dit [Diomède] et, de son char, il saute à terre, en armes. Le bronze rend un son terrible sur la poitrine du héros bondissant : le plus ferme guerrier en serait pris de peur. » (Chant IV, 419-421). « Bientôt ils se rencontrent, et les voilà aux prises, heurtant leurs boucliers, leurs piques, leurs fureurs de guerriers à l’armure de bronze. Les écus bombés entrent en contact ; un tumulte immense s’élève. » (Chant IV, 446-449 ; cf. aussi : Chant VIII, 60-63)

[6] « Il dit ; les Argiens poussent un grand cri, et les nefs, à l’entour, terriblement résonnent de la clameur des Achéens, qui applaudissent tous à l’avis du divin Ulysse. » (Chant II, 333-335). « Diomède au puissant cri de guerre, à la grande voix, s’exclame : … » (Chant V, 347). « Le vieillard eût perdu la vie, si Diomède au puissant cri de guerre ne l’eût vu de son œil perçant. Il pousse un crit terrible et stimule Ulysse en ces termes … » (Chant VIII, 90-92). « Le grand Hector au casque étincelant à grande voix le hue » (Chant VIII, 160)

[7] « Les armées une fois rangées, chaque troupe autour de son chef, voici les Troyens qui avancent, avec des cris, des appels pareils à ceux des oiseaux. On croirait entendre le cri qui s’élève devant le ciel, lorsque les grues, fuyant l’hiver et ses averses de déluge, à grands cris prennent leur vol vers le cours de l’Océan. » ; cris d’autant plus forts que « les Achéens avancent, eux, en silence, respirant la fureur et brûlant en leur âme se se prêter mutuel appui. » (Chant III, 1-9). « Pour lui, il saute à terre du char resplendissant, en poussant des cris effroyables. » (Chant VIII, 320-321). « Gémissements et clameur de triomphe montent à la fois : les uns tuent, les autres sont tués. Des flots de sang couvrent la terre. Tels des torrents, dévalant du haut des montagnes, au confluent de deux vallées, réunissent leurs eaux puissantes, jaillies de sources copieuses dans le fond d’un ravin creux — et le berger dans la montagne en perçoit le fracas au loin. Telles sont la clameur, l’épouvante, qui sortent de cette mêlée. » (Chant IV, 450-456 ; cf. aussi : Chant VIII, 64-65)

[8] « Il tombe avec fracas, et ses armes sonnent sur lui » (Chant IV, 504 ; Chant V, 42, 540). « L’homme croule, front en avant, et ses armes sonnent sur lui » (Chant V, 58). « Il croule de son char, et ses armes sonnent sur lui – étincelantes, resplendissantes. » (Chant V, 294-295)

[9] « La pointe de bronze s’enfonce et traverse l’os : l’ombre couvre ses yeux. Il croule comme un mur dans la mêlée brûtale.  » (Chant IV, 461). « ses entrailles s’épandent toutes à terre, et l’ombre couvre ses yeux »(Chant IV, 526). « L’homme croule de son char, et l’ombre horrible le saisit » (Chant V, 47). « une nuit sombre enveloppe ses yeux » (Chant V, 310). La mort est conçue comme l’ombre, la nuit par opposition à l’éclat du soleil : « [Lui] qui prétend que je ne dois pas longtemps voir le brillant éclat du soleil » (Chant V, 119-120).

[10] « Après quoi, tous, pleins de superbe, s’installent pour la nuit sur le champ de combat. Leurs feux brûlent, innombrables. Telles, au firmament, autour de la brillante lune, des étoiles luisent, éclatantes, les jours où l’éther est sans vent. Brusquement, toutes les cimes se découvrent, les hauts promontoires, les vallées. L’immense éther au ciel s’est déchiré ; toutes les étoiles paraissent ; et le berger se sent le cœur en joie. Tels entre les nefs et le cours du Xanthe, luisent les feux qu’ont devant Ilion allumé les Troyens. Mille feux brûlent dans la plaine et cinquante hommes sont groupés autour de chacune de ces lueurs de feu ardent. Les chevaux, debout près des chars, attendent en mangeant l’orge blanche et l’épeautre. Aurore au trône d’or. » (Chant VIII, 553-565)

Le projet …

Sachant qu’il y a une multitude de livres que j’aimerais avoir lus,

Attendu que j’ai depuis quelques années tendance à lire beaucoup plus de philosophie que de littérature, et que la littérature commence à me manquer,

Je décide de me remettre de manière plus assidue à la littérature et de suivre, pour ce faire, un ordre chronologique !

Pour chaque livre lu, je m’efforcerai de rédiger un petit billet pour conserver une trace de mes lectures.